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Arrêt Des Néonicotinoïdes : Quelle Stratégie Adopter ?

Arrêt des néonicotinoïdes : quelle stratégie adopter ?

Depuis le 1er septembre 2018, les néonicotinoïdes ont été interdits à l’utilisation en agriculture. Quelles conséquences dans les champs et sur les fermes ? Quelle stratégie adopter en tant qu’agriculteur ?

Cultures impactées et alternatives

Les grandes cultures comme le blé, l’orge, le colza, la betterave, la pomme de terre mais également les arbres fruitiers, la vigne… sont les principales cultures impactées par cette interdiction.

Quelles alternatives aux néonicotinoïdes ?

Dans son article du 30/05/2018 (Risques et bénéfices des produits phytopharmaceutiques à base de néonicotinoïdes et de leurs alternatives), l’ANSES plaide pour une « lutte intégrée » combinant une surveillance vigilante des cultures et une priorité donnée aux méthodes non chimiques, le recours aux pesticides chimiques ne devant avoir lieu que si les ravageurs dépassent certains « seuils de nuisibilité ».

L’Anses précise également que sur les 130 usages des néonicotinoïdes étudiés :
• 6 ne rencontrent aucune alternative suffisamment efficace ni opérationnelle
• dans 39 % des cas : une alternative chimique via les pyréthrinoïdes
• dans 78 % des cas : au moins une solution alternative non chimique existe
« En l’état actuel des connaissances, les méthodes non chimiques apparaissant comme les plus aptes à remplacer immédiatement, efficacement et durablement les néonicotinoïdes sont la lutte biologique, la lutte physique par application d’une couche protectrice (huile de paraffine, argile…), et la lutte par confusion sexuelle, lorsque ces méthodes sont d’ores et déjà disponibles en France ou aisément transférables ».

Comment modifier ses pratiques sur sa ferme ?

Au niveau de l’exploitation agricole, un changement de pratiques implique soit :
• la recherche d’efficience des pratiques déjà en place
Ex : j’optimise l’utilisation de mes produits phytosanitaires (buses bien réglées, dose adaptée,…)
• la substitution de ses pratiques par de nouvelles pratiques
Ex : j’utilise des auxiliaires pour réguler mes populations de ravageurs, j’utilise des huiles essentielles,…
• la re-conception de son système
Ex : j’utilise une combinaison de pratiques : je change ma rotation de cultures et/ou j’utilise des espèces résistantes et/ou je fais des cultures associées et/ou je modifie mon travail du sol et/ou j’adapte mes dates de semis et/ou je mets en place des infrastructures agroécologiques…

Des articles récents proposent des pistes de techniques alternatives à explorer sur le terrain :
Quelles solutions alternatives aux néonicotinoïdes contre les pucerons ? (Terre-Net)
Oui, les alternatives techniques aux néonicotinoïdes existent (Fondation pour la Nature et l’Homme)

En tant qu’agriculteur, quelle stratégie adopter sur ma ferme pour gérer le risque bioagresseurs sans néonicotinoïdes ?

Un exemple spécifique avec les pucerons d’automne vous est présenté dans le paragraphe suivant.

1. Identifier mon besoin pour cibler ma lutte :
◦ Quelles espèces à risque je cultive ?
◦ Quelles sont mes conditions pédoclimatiques ?
◦ Poser des pièges et des outils d’observation dans mes parcelles
◦ Sur quelles espèces/variétés/parcelles j’atteins les seuils de nuisibilité ?
◦ Où je me situe par rapport à la moyenne de la pression bioagresseur de mon secteur ?
◦ …

2. Identifier autour de chez moi (ou ailleurs) les solutions testées par mes voisins agriculteurs et échanger sur nos pratiques culturales, voire se rapprocher d’un groupe d’échange de pratiques. Mon technicien/conseiller/animateur peut également avoir des informations à me transmettre car il est un catalyseur du transfert de l’information au sein des groupes d’agriculteurs.

3. Trouver des pistes de solutions dans la documentation technique des organismes scientifiques et techniques, des organismes de développement.

4. Tester « petit à petit », seul ou en collectif

5. Garder une trace de ses essais : que ce soit une réussite ou un échec, il est important de conserver et transférer le résultat à d’autres agriculteurs. En échangeant sur vos expériences, vous vous rapprochez des solutions efficaces !

6. Transférer ces solutions pour diminuer la pression bioagresseurs autour de chez soi !

7. J’envisage l’utilisation de produits phytosanitaires de substitution en dernier recours.

Exemple concret avec les pucerons d’automne sur céréales d’hiver :

1. Je cultive des céréales d’hiver :
◦ Je pose des plaques engluées dans mes parcelles de blé tendre d’hiver, d’orge d’hiver…
◦ Je me connecte à Agrifind Alertes pour accéder à des fiches techniques (qui m’indiquent symptômes, méthode d’observation, seuils de nuisibilité) et pour consulter la carte de pression bioagresseurs dans mon secteur.

2. J’échange des idées, des pratiques dans un groupe d’agriculteurs pour chercher ensemble des alternatives aux néonicotinoïdes (ARDEAR, Chambres d’Agriculture, CIVAM, coopératives, CUMA, groupe DEPHY, GIEE, groupe 30 000,… j’ai l’embarras du choix!)
Ex : modifier ma rotation, mon assolement

3. Je peux trouver d’autres pistes d’alternatives dans la documentation scientifique. Ex : variétés résistantes ou tolérantes, adapter la date de semis

4. J’essaie une nouvelle pratique ou une combinaison de pratiques sur une petite surface de mon exploitation (mais assez grande pour que l’essai soit utile, éviter les bordures de champ seules,…) : je teste de nouvelles variétés, je change ma rotation de cultures, je réalise un semis tardif,…

5. Je garde une trace de cet essai : j’enregistre la conduite de cultures, les observations, les résultats, les incidents météo…

6. J’échange mes résultats avec un groupe d’agriculteurs pour avancer ensemble et réduire la pression pucerons dans un large secteur ! Réfléchir en groupe permet aussi de ne pas se décourager !

7. En ultime recours, si le nombre de pucerons observé dépasse le seuil d’intervention et si je n’ai pas d’alternatives à utiliser dans mon contexte, je raisonne mon intervention avec un produit spécifique pour diminuer la pression sur ma parcelle. Je respecte les doses et les conditions d’application.

Agrifind Alertes : un outil d’échange d’informations au service des agriculteurs

Sur notre application (en libre téléchargement sur Google Play et App Store), échangez des informations avec les autres utilisateurs (agriculteurs, techniciens,…) en temps réel ! Vous pouvez :
signaler la présence d’une maladie ou d’un ravageur dans vos parcelles et consulter les alertes des autres utilisateurs sur la carte : comme ça vous avez une vision directe de la pression bioagresseurs dans votre secteur
commenter les alertes postées par les utilisateurs, pour valider une information ou échanger des conseils, des avis
consulter des fiches techniques « bioagresseurs de cultures » (ex : puceron Rhopalosiphum padi sur blé tendre) ou « conseils agronomiques » (ex : Méthodes d’observation et piégeage) pour identifier les bioagresseurs dans vos parcelles
éditer un bulletin de votre secteur : vous aurez la synthèse des alertes enregistrées autour de chez vous !
• consulter une météo fiable à 14 jours pour adapter vos pratiques

En bref, l’application vous propose de vous accompagner dans la reconnaissance des bioagresseurs mais aussi dans vos prises de décision au quotidien !

Des difficultés pour utiliser notre application ? N’hésitez pas à consulter notre tuto ! Vous pouvez également nous contacter : admin@agrifind.fr Nous nous ferons un plaisir de vous accompagner dans votre expérience et de répondre à vos questions !

Pas d’alertes près de chez vous ? Mobilisez d’autres agriculteurs ou même votre technicien autour de notre application ! Plus vous serez nombreux à l’utiliser et plus votre veille sanitaire sera précise !

Les néonicotinoïdes en bref

Qu’est-ce que les néonicotinoïdes ?

Ce sont 10 molécules neurotoxiques (ex : acétamipride, clothianidine, imidaclopride, thiaclopride, thiaméthoxame, nitenpyrame et dinotéfurane) ciblant dans le cerveau les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine. Elles provoquent la paralysie ou la mort.

Utilisation

Disponibles depuis le milieu des années 1990. Ils sont utilisés par exemple en traitement préventif comme enrobage des semences. Les bioagresseurs visés peuvent être les chenilles, cochenilles, pucerons, insectes mangeurs de bois. Ils sont également utilisés dans des produits vétérinaires (anti-parasitaires pour chiens et chats) et biocides (utilisation « domestique »).

Aujourd’hui, la proportion de néonicotinoïdes dans la vente mondiale d’insecticides est estimée à 1/3. Leur utilisation a augmenté de 12 % entre 2014 et 2016.

Rappel réglementation

2016 : la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages 2016 prévoit l’interdiction des néonicotinoïdes en 2018.

1er septembre 2018 : 5 molécules néonicotinoïdes sont interdites : clothianidine, thiaméthoxame, imidaclopride, thialopride et acétamipride. Les 3 premières molécules citées seront également interdites par l’Union Européenne dès le 19 décembre 2018 pour les cultures de plein champ.

Dérogations

Les cultures sous serre ne sont pas concernées.
Les usages non-phytosanitaires ne sont pas concernés (ex : produits anti-puces pour chat et chiens).

Des dérogations seront possibles au cas par cas pour les produits à base d’acétamipride, en faible quantité et jusqu’au 1er juillet 2020, par arrêté conjoint des ministres chargés de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Santé et sur la base de données fournies par l’Anses comparant les risques et bénéfices de ces produits et de leurs alternatives possibles.

Pourquoi les néonicotinoïdes ont été interdits ?

Les scientifiques s’inquiètent du fait que même à faible dose, ces substances affectent les pollinisateurs (abeilles et bourdons désorientés, sperme des mâles altéré…). Les apiculteurs français constatent une hausse de la mortalité dans leurs ruches depuis l’arrivée des néonicotinoïdes.

Les néonicotinoïdes ont une faible biodégradabilité (= se décomposent peu dans l’environnement) : leur effet dans la nature est persistant (demi-vie des néonicotinoïdes = d’une centaine de jours à plus de 1000 jours selon la molécule et les conditions de l’environnement).
Ces molécules se diffusent dans le sol et les eaux. Comme elles sont non spécifiques, elles atteignent des espèces vivantes qui ne sont pas ciblées au départ : insectes (abeilles, papillons…), oiseaux, souris, taupes, mulots, chauve-souris, vers de terre…
Les conséquences de cette diffusion sont par exemple :
• la raréfaction des insectes, en particulier les pollinisateurs (manque de pollinisateurs essentiels à la production de ressources alimentaires, manque de ressource alimentaire pour les prédateurs)
• la généralisation du phénomène de résistance des bioagresseurs face à ces molécules

On retrouve certaines molécules dans notre alimentation. Par exemple, l’acétamipride et l’imidaclopride sont présents respectivement dans 5% et 4% des échantillons alimentaires recueillis en Europe, (source : rapport EFSA, 2016). En février 2018, l’Anses assurait qu’au vu des données disponibles, rien ne permettait de mettre en évidence « un effet nocif pour la santé humaine , pourvu que les consignes d’utilisation soient respectées.

Cet article vous est offert par Arysta LifeScience.

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