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Interrogations Sur La Séquestration Et La Rémunération Carbone

Interrogations sur la séquestration et la rémunération carbone

Le secteur agricole est le 2e poste d’émissions de GES en France, ce qui représente 19%. Cependant, l’agriculture possède un potentiel élevé de stockage de carbone dans les sols, avec par exemple approximativement à 30 millions de tonnes de CO₂ équivalent par an en France. Avec une incitation carbone raisonnable, l’agriculture pourrait, d’ici 2030, réduire ses émissions de CO₂ de 50 Mt et les terres pourraient absorber 80 Mt de CO₂. Le but étant de faire de l’atténuation du changement climatique un nouveau modèle d’affaires pour les agriculteurs et les gestionnaires des terres. Ces crédits carbone représentent une grande opportunité pour le monde agricole et plus particulièrement pour les exploitants agricoles volontaires en percevant une rémunération en échange des efforts entrepris.

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La réalité du terrain de la séquestration du carbone

“Aujourd’hui, 70 à 80% des exploitations agricoles sont émettrices nettes de GES, et le reste, donc 20 à 30% sont séquestratrices de CO₂. Cela signifie que dans l’ensemble, la démarche et les programmes de rémunération carbone visent un impact qualitatif plus que quantitatif. En effet, la réduction des émissions de GES consiste en des évitements d’émissions.“

Force est de constater que pour atteindre l’objectif de neutralité carbone annoncé, la diminution des émissions est et restera toujours corrélé à la séquestration de carbone. Ce sont les deux axes fondamentaux de cette neutralité carbone, et l’un ne va pas sans l’autre.

“Le marché carbone est parfois perçu comme une sorte d’eldorado, ce qui globalement, n’est pas réellement le cas, on fait jouer des curseurs et des équilibres. La balance est agronomique ainsi qu’économique, par exemple, réintroduire des légumineuses n’est pas toujours bénéfique quand on calcule avec la méthode bas carbone.“

 

S’impliquer dans son territoire en vue de réduire les GES

“Si l’on peut logiquement penser qu’à l’avenir, une tonne de carbone est à peu près équivalente partout sur la planète, il est aussi à prévoir qu’il y ait du carbone moins cher que d’autres. Par exemple on peut penser que le carbone français soit plus cher que la tonne de carbone péruvien ou cambodgien, comme dans certaines régions, on voit déjà qu’il est possible d’aller y planter des arbres pour pas très cher.

Et dans la logique où les entreprises ont recourt à la compensation et bien elles vont sûrement chercher à atteindre leur objectif carbone à moindre coût. Donc ce qui est important aussi au niveau des entreprises, c’est d’avoir une logique d’implication dans son territoire, se dire “j’agis dans ce territoire alors je vais compenser dans ce même territoire, travailler avec mes communautés, mes agriculteurs“. C’est un flux financier qu’on ramène dans le territoire, il faudrait pouvoir réinvestir régionalement.“

 

Prix du carbone et rentabilité de la rémunération carbone 

“Certains affirment que le coût que ça représente pour l’agriculteur de générer un crédit carbone est aujourd’hui supérieur à la vente de ces crédits, et ce serait même le cas avec un prix de vente à 50€ le crédit. Effectivement, c’est vrai, si on prend le coût direct, faire un couvert végétal qui tienne la route coûte environ 100€ (60-70€ si on se débrouille bien).

A partir du moment où on a des pratiques de couvertures un peu performantes et qu’on fait attention à sa fertilisation, on va pouvoir stocker entre 1 et 2 tonnes d’équivalent CO₂ par hectare et par an, donc 50 à 60€ /h/an. Maintenant si on le ramène au coût de production, 50€ à l’hectare c’est 50 unités d’azote, donc c’est pas grand-chose il en faut 3 ou 4 fois plus pour produire un blé.

C’est-à-dire qu’aujourd’hui l’incitation est trop faible, la bascule n’est pas encore là, on est sur un système qui n’est pas encore incitatif. C’est pour cela que tout le monde regarde et attend, le marché n’est pas encore mûr. Mais c’est vrai qu’à partir du moment où la valeur va augmenter, là on va commencer à avoir des rentrées d’argent qui ne sont pas négligeables, on peut passer assez rapidement à 100-150€ de revenu à l’hectare, ce qui changera la donne en termes de rentabilité.“

 

Si les agriculteurs hésitent encore parfois à s’orienter vers une culture de conservation et moins émettrices de GES, c’est surtout parce qu’il manque une réelle incitation financière. Et le constat est le même dans l’ensemble des domaines où l’on veut promouvoir la transition écologique. Il convient donc de faire en sorte qu’ils y trouvent un intérêt. La détermination du prix de la tonne de carbone est donc cruciale.

Mais il faut pas se focaliser sur les outils, ce coup de pouce du carbone répond à une problématique globale. Des sols qui vont mieux ce sont des sols qui vont stocker d’avantage d’eau, qui ne vont pas s’éroder donc pas de coulées de boue, c’est de la biodiversité qui va revenir, c’est de la MO qui va permettre de réduire sur le moyen terme la fertilisation. Il n’y pas qu’une seule solution : que les couverts, que les OAD, etc. Si on regarde le coût aujourd’hui, c’est pas rentable mais ça veut pas dire qu’il ne faut pas y aller puisque ça lance une dynamique vertueuse dans le système.“

Le but est par conséquent de “simplement profiter de ce bras de levier carbone pour modifier en bien les systèmes agricoles. Ainsi, on aura un réel impact agronomique du marché sur le système de culture. Malgré un changement climatique global, on est capable de faire évoluer aussi les microclimats en adaptant les pratiques agricoles. Nous sommes alors au-delà du fait d’aller récupérer quelques dizaines d’euros à l’hectare chaque année, c’est une approche économique global.“

 

Perspective

On comprend par-là que le marché du carbone se structure afin de valider un chemin qui aurait déjà été pris par les agriculteurs. Il vient enrichir et faciliter cette transition. Il y a une nécessité de cadres transparents et collectifs pour garantir la qualité des projets et s’assurer de flécher des financements vers des actions climat-compatibles. Enfin, une réflexion est encore à mener sur l’implication des financeurs au si des régions initiatrices des projets carbone.

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Source

Propos recueillis lors du webinaire LFDay by La Ferme Digitale tenu le 30 septembre 2021, les intervenants ont soulevé certains points d’interrogations intéressants, notamment sur le sujet de la rémunération carbone.

Les propos entre parenthèse ont été tenus par les intervenants suivants : Bastien Sachet (CEO EarthWorm Foundation), François Thierart (CEO MyEasyFarm) et Matthieu Archambeaud (président ICOSYSTEME).

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