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L’agriculture De Conservation Et L’agriculture De Précision M’ont Permis De Retrouver De L’autonomie Sur Mon Exploitation » David Vincent, Agriculteur En Grandes Cultures Dans L’Aude

L’agriculture de conservation et l’agriculture de précision m’ont permis de retrouver de l’autonomie sur mon exploitation » David Vincent, agriculteur en grandes cultures dans l’Aude

Gilles Cavalli : Bonjour et bienvenue dans ce nouveau podcast d’Agrifind. Je suis avec David Vincent agriculteurs en grandes cultures dans l’Aude. J’ai souhaité vous interviewer sur l’approche liée au semi direct sous couvert végétal et à l’agriculture de précision mais auparavant j’aimerais que vous puissiez vous présenter et présenter votre structure.

David Vincent agriculture de conservation et de précision

David Vincent : Mon exploitation est située à proximité de Carcassonne dans l’Aude où l’on a la particularité d’être sous climat méditerranéen dans une zone au milieu des vignes avec des potentiels de rendement agricole faible. J’ai des terres à petit potentiel agronomique fortement lié aux conditions climatiques de l’année, c’est-à-dire qu’il y a certaines années où l’on est capable de faire 60-70 quintaux de blé dur. Mais l’année où il fait sec et où il ne pleut pas le rendement est divisé par deux. Cela m’a amené à revoir complètement la manière dont je travaille.

C’est pour cela que je me suis dirigé vers deux types d’agriculture : l’agriculture de conservation et l’agriculture de précision. En agriculture de conservation l’objectif est d’essayer de capitaliser sur les avantages environnementaux, l’amélioration de la fertilité des sols, diminuer la dépendance aux intrants chimiques. Concernant l’agriculture de précision, c’est utiliser tous les avantages pour moduler, apporter la bonne dose au bon endroit et au meilleur moment.

Gilles Cavalli : Ce choix, il s’est fait il y a combien de temps ? Est-ce une expérimentation en permanence ou il y a des choses qui se sont stabilisées au fur et à mesure des années ? Quel est le retour d’expérience de ce double axe agriculture de conservation des sols – agriculture de précision ?

« La modulation de dose est un axe majeur de l’agriculture de conservation »

David Vincent : Ce choix s’est fait petit à petit dans le temps avec de l’expérimentation que je menais depuis 15 ans sur mon exploitation. Aujourd’hui j’ai un schéma qui est à peu près stabilisé sur les deux aspects que ce soit sur l’agriculture de précision même si je continue à tester des approches sur notamment sur la modulation de doses d’engrais, sur la modulation de doses de semi ou sur la modulation de produits phyto ; d’autant que sur ces aspects là il y a des nouveautés qui arrivent régulièrement sur le marché, de nouveaux outils de nouvelles stratégies, la possibilité à travers les OAD, les opportunités qu’offrent le matériel agricole de développer cet aspect d’agriculture de précision.

« Mes expérimentations m’ont conduites à un schéma de couverture permanente des sols »

Quant à l’agriculture de conservation j’ai commencé en 1998 en mettant en place des TCS. Petit à petit j’ai évolué vers un schéma de couverture permanente des sols dans la mesure où le climat me le permet. Cela veut dire du semis direct, du semis en permanence, du semis de culture principale, du semis du couvert végétal, des semis de dérobé. Sur l’exploitation, aujourd’hui, je n’ai quasiment plus d’outils de travail du sol, c’est les racines des plantes ce que je sème qui travaillent le sol à ma place.

Gilles Cavalli : L’assolement et la succession culturale qui ont été mises en place quels sont-ils ?

« Allongement et alternance des végétaux au sein de la rotation sont deux clés de mon système »

David Vincent : L’assolement que j’ai réfléchi est bâti autour de deux principes de l’agriculture de conservation.

· Il y a un pilier qui s’appelle l’allongement de la rotation cela veut dire la diversification à la fois des plantes mais aussi des systèmes racinaires. Je laisse pousser les racines qui travaillent au sol d’où l’intérêt d’alterner les différents systèmes racinaires des plantes pour explorer le plus possible les sols.

colza rotation longue

· Le deuxième principe c’est deux et deux c’est-à-dire l’alternance de deux graminées de deux dicotylédones ; de deux cultures d’hiver de deux cultures de printemps de manière à gérer les problèmes d’adventice pour à terme et pouvoir se passer le plus possible de désherbant.

Voilà les deux principes qui m’ont permis de bâtir ma rotation. Elle type se fait en 8 à 10 ans et la tête d’assolement c’est le sorgho, derrière le Sorgho je fais des pois protéagineux, derrière les pois protéagineux du blé dur puis ensuite du blé tendre, du tournesols, des pois protéagineux de nouveau, du blé dur derrière les pois, derrière le blé dur de l’orge, derrière l’orge des féveroles, derrière les féveroles du colza et derrière le colza du blé tendre puis de l’avoine.

Voilà la rotation type, alors cette rotation après se fait en fonction des années, des conditions climatiques, des parcelles en sachant qu’entre chaque culture, dans la mesure du possible, j’essaye d’introduire des couverts végétaux ou des cultures dérobées.

Gilles Cavalli : Tu as des exemples de couverts végétaux que tu implantes ?

David Vincent : En inter-culture courte, c’est-à-dire par exemple entre deux céréales, j’utilise un mélange de plusieurs plantes. Je mets du sarrasin, de la moutarde, du tournesol, de la luzerne, du sainfoin. Si c’est devant un protéagineux je mets du sorgho fourragé. En inter-culture longue je suis sur un schéma pour l’instant très classique de féveroles – phacélies.

« On peut avoir un impact limité sur l’environnement sans forcément faire de l’agriculture biologique »

Gilles Cavalli: Merci pour ce témoignage et cette présentation de cette façon de travailler qui a été mise en place, si j’ai bien compris, progressivement au fur et à mesure des années et au fur et à mesure, j’imagine aussi, de l’acquisition de matériel et de tests de certaines pratiques. J’aimerais conclure notre échange avec une dernière question un peu plus ouverte : votre rêve d’agriculteur quel est-il ?

David Vincent : Aujourd’hui pour moi la manière dont j’envisage mon métier d’agriculteur, c’est de retrouver de l’autonomie, c’est-à-dire enlever la dépendance que l’on a dans nos métiers des grandes cultures, la dépendance aux produits chimiques ou aux intrants de synthèse.

Cela ne veut pas forcément de dire se diriger vers l’agriculture biologique, ce n’est peut-être pas une priorité pour moi car je veux garder la possibilité d’avoir recours à la chimie quand c’est vraiment nécessaire. Mon rêve ce serait de pouvoir un jour bien vivre de mon métier d’agriculteur en ayant un impact limité sur l’environnement.

Gilles Cavalli : Très bien, merci beaucoup David pour cet échange et ce témoignage. Je rappelle David Vincent installé en grandes cultures dans l’Aude avec les particularités du climat méditerranéen et le choix de conjointement allier agriculture de conservation et agriculture de précision.

Crédit photo : agriconservation.wixsite.com / Pixabay

Et vous, pratiquez-vous l’agriculture de conservation et l’agriculture de précision ? Pensez-vous que d’autres alternatives que le bio existent pour respecter l’environnement ?

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