Le terme d’agripreneur nous vient directement d’Amérique du Nord. Que recouvre t’il et qu’est-ce que concept peut apporter à l’agriculture française ? Petit voyage en « agripreneuriat »…

Agripreneur : une philosophie ?

Du côté californien, les agripreneurs sont vus comme une nouvelle génération d’entrepreneurs qui combinent leur amour de l’agriculture et des entreprises. Ils ont adopté la voie de l’ajout de valeur à leur production agricole en visant à produire après transformation (ou non) et conditionnement des aliments pour apporter les meilleurs choix aux consommateurs.

L’agripreneur réussit souvent à sortir du cadre et trouve des opportunités là où les autres n’en voient aucune. Le travail collaboratif, lorsqu’ils se joignent à d’autres pour créer une chaîne de valeur réussie tout en apportant des changements, fait partie intégrante de leur façon de travailler.

Les 3 dimensions du chef d’entreprise agricole

Pour Raymond Levallois professeur-chercheur de gestion à l’université Laval au Québec il existe 3 façons de vivre son métier d’agriculteur : entrepreneur, gestionnaire et producteur :

  • · Les entrepreneurs sont créatifs, ils aiment le changement, les nouveautés et sont centrés sur leur projet avec une prise de risques importante;
  • · Les gestionnaires maîtrisent la globalité de leur entreprise et sont centrés sur les résultats financiers de leur entreprise avec prise de risques modérée;
  • · Les producteurs sont centrés sur les techniques de production et souvent inconscients des risques.

L’agriculteur entrepreneur

C’est un leader avec une grande confiance en lui, peu sensible aux risques avec une grande soif de nouveautés et est très centré sur son projet. C’est une personne qui ne se satisfait pas longtemps du statu quo. On peut résumer ces attitudes par une bonne confiance en soi et de la créativité. Un entrepreneur se sent en contrôle, il domine la situation, il est au-dessus de ses affaires.

L’agriculteur gestionnaire

Le gestionnaire a des objectifs clairs et réels. Il ne s’agit pas de n’importe quels objectifs. Il s’agit d’objectifs globaux pour l’entreprise et qui correspondent vraiment à ce que la personne attend de son entreprise. Le gestionnaire vise la rentabilité et non de profit maximum. Le gestionnaire ne supporte pas de perdre de l’argent. Il peut accepter de façon délibérée de ne pas viser la rentabilité la plus élevée pour atteindre d’autres objectifs en complément, mais la situation financière doit rester saine. Tout est analysé dans cette perspective de rentabilité minimum espérée. Ainsi, la technique est vue comme un moyen et non comme une fin en soi.

L’agriculteur producteur

Le producteur est centré sur ses productions, il est centré sur la technique. Il est à l’affût des nouvelles informations techniques sur ses productions afin de toujours faire mieux. Il travaille avec des conseillers, afin de s’améliorer au niveau des rendements. Il n’a pas en tête les conséquences économiques de ses résultats techniques, ou peu. Même si ça coûte plus cher et que ça rapporte moins en final, le producteur tend à choisir la formule technique la plus performante en termes de rendement. Il est tellement concentré sur ses résultats techniques qu’il ne veut prendre aucun risque de diminution de sa performance, même si on lui dit que sur le plan économique une autre façon de produire serait plus performante.

La réalité est tout en nuance

Toujours pour R Levallois, un agriculteur peut appartenir à un, deux ou même aux trois types. C’est rare, mais ça arrive. A priori, le plus grand nombre appartient de façon plus ou moins marquée à un ou deux types avec une prédominance sur un type.

Tous les agriculteurs ne sont pas « entrepreneurs » et d’ailleurs ce n’est pas une nécessité pour réussir. Une bonne compétence technique est un plus évident, mais les compétences peuvent s’acquérir et il est toujours possible de se faire aider et conseiller. Enfin chaque agriculteur devrait posséder un niveau minimal de compétence en gestion d’entreprise.

A l’heure actuelle, il y a un nombre croissant d’entrepreneurs et un grand nombre de « bons producteurs », mais il y a trop peu d’agriculteurs avec une bonne compétence en gestion d’entreprise. Les forts taux d’endettement ainsi que les faibles marges de sécurité en font la démonstration.

Vision états-unienne de l’agripreneur

Pour Peter Reese, conseiller en gestion agricole du Wisconsin, une bonne gestion agricole s’appuie sur des décisions fondamentales solides qui soutiennent un cadre de gestion. Les producteurs doivent d’abord savoir pourquoi ils travaillent, pour qui ils travaillent, quel est leur business et, finalement, qui sont leurs clients.

« Si vous avez pris des décisions fondamentales sur ce que vous faites, pourquoi vous le faites et pour qui vous le faites, il devient plus facile de prendre des décisions concernant l’achat, la location, l’emprunt et tout ce qui permet à une entreprise de bien fonctionner, » explique M. Reese qui poursuit : « les producteurs doivent savoir la différence entre l’agriculture dictée par le produit et celle axée sur la prospérité. La première insiste sur l’effort et le rendement tandis que la deuxième met l’accent sur l’efficience et le rendement des investissements. »

« Pour s’engager dans une agriculture axée sur la prospérité, il faut mettre de côté les symboles de réussite que sont les grandes surfaces, les énormes cellules à grains et le matériel surdimensionné, » poursuit-il. « Les agriculteurs doivent plutôt adopter une approche centrée sur la durabilité : gestion judicieuse du risque, maîtrise des ressources par opposition à propriété, et gestion créative assortie aux immobilisations. Certains des agriculteurs les plus prospères que je connais limitent leurs investissements en immobilisations et, lorsqu’ils font des achats, ils paient comptant. D’autres préfèrent la location afin d’éviter l’obsolescence de la technologie qui les guette dans cinq ou sept ans. Normalement, ils s’appuient sur une combinaison de ces deux stratégies. »

Les agriculteurs adorent leur indépendance mais, en matière de finances, faire cavalier seul peut mettre le bien-être financier en péril. « Le temps est venu pour les agriculteurs d’intégrer des conseillers financiers au sein de l’équipe de gestion agricole, » soutient M. Reese. « Les producteurs doivent pouvoir compter sur le moindre avantage et la moindre ressource qu’ils puissent obtenir. Nous devons mettre ces cerveaux financiers à profit dans nos entreprises. »

Le minimum à maîtriser pour réussir sur sa ferme : la gestion

Pour Raymond Levallois, il y a des agriculteurs entrepreneurs, des gestionnaires et des producteurs. Tous ne peuvent pas (et ce n’est pas nécessaire) être entrepreneurs, mais tous devraient être minimalement gestionnaires. Car les caractéristiques d’un entrepreneur reposent essentiellement sur les traits de caractère, des attitudes psychologiques et, dans ce domaine, c’est difficile de changer. On l’a ou on ne l’a pas. Par ailleurs, sur le volet technique les ressources et les conseils sont nombreux et peuvent pallier au manque de technicité qui va peu à peu s’estomper. Par contre les caractéristiques d’un gestionnaire sont beaucoup moins psychologiques et beaucoup plus du domaine des compétences et des objectifs à atteindre (rentabilité, risque modéré, etc.). Il s’agit d’aspects qu’il est plus facile à développer indépendamment de son profil psychologique. Un non-gestionnaire, s’il en a la volonté, peut devenir un gestionnaire relativement efficace s’il perfectionne ses compétences et accepte de se faire aider.

Etre un bon gestionnaire n’empêche rien en termes de choix de production, de mode de production, de taille d’exploitation, de présence (ou non) de main d’œuvre salariée, d’adhésion à un ou plusieurs groupes, associations ou coopératives, de valeur ou de philosophie… c’est « simplement » maîtriser d’un point de vue économique la gestion quotidienne en terme de trésorerie et les choix stratégiques d’investissements conséquents.

Et vous, comment vivez vous l’entrepreneuriat en tant qu’agriculteur ?

Sources :

http://agrilicious.org/local-food/agripreneur

L’agriculteur de demain : entrepreneur, gestionnaire, producteur ? Raymond Levallois professeur-chercheur à l’université de Laval, Québec.

http://www.rbcbanqueroyale.com/RBC:IF92oawYUA0CuQHunw4AAAAF/agriculture/reference/strategie/stra_jul_2001_001.html

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