Herve Pillaud est agriculteur et auteur d’ouvrages sur l’impact du numérique au sein du monde agricole

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Gilles Cavalli : Bonjour et bienvenue dans ce nouveau podcast d’Agrifind, j’interview aujourd’hui d’Hervé Pillaud, qui est agriculteur vendéen, responsable agricole et auteur de deux ouvrages parus aux éditions France agricole, Agronumericus : internet est dans le pré en Novembre 2015 et Agroéconomicus : manifeste de l’agriculture collabor’active toujours aux éditions France agricole en février 2017.

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Alors Hervé au travers de ce deuxième ouvrage il y a un élément qui m’a interpellé, vous parlez de barbarisation. C’est un mot un peu étrange. De quelle façon est-ce qu’il s’applique au monde agricole et à l’impact du numérique sur le monde agricole ?

« Nous passons d’une économie de marché à une économie de réseau »

Hervé Pillaud : Alors la barbarisation, je n’ai pas inventé le mot, il est devenu un élément de la nouvelle économie où des changements environnementaux sont en train de s’opérer, le plus important étant et c’est peut-être là l’avantage, que nous sommes en train de passer d’une économie de marché à une économie de réseaux. Partout, les réseaux et les plateformes sont en train de prendre une place considérable revoyant globalement un peu toute la société, l’économie mais également les rapports entre les gens. On parle aussi de temps en temps et peut-être même plus souvent d’ubérisation. Il y a un côté provocateur dans la barbarisation, parce que souvent quand on entend parler de barbare il y a une connotation qui peut faire un peu peur, mais à travers ces termes, où l’on parle d’ailleurs de barbare bienveillant, cela concerne surtout les changements qui sont en train de s’opérer, c’est-à-dire que le but est de changer les choses, il n’est pas question de faire dans la violence. Et l’agriculture comme le reste de l’économie, n’échappera pas à cette barbarisation.

Trois fondamentaux qui nous impactent sont en train de changer. L’augmentation exponentielle de la population, donc des besoins alimentaires. La problématique de l’énergie qui elle aussi est en train d’augmenter de manière exponentielle alors que les ressources sont en train de s’épuiser ou de diminuer ce qui nous emmène à aller chercher des énergies renouvelables et revoir à travers ça tout le thème de management de consommation énergétique. Le troisième, c’est l’impact que ces deux choses-là ont sur le climat donc voilà pourquoi j’ai parlé de barbarisation de l’agriculture.

Gilles Cavalli : Merci, effectivement c’est éclairant sur les enjeux et les conséquences que cela peut avoir notamment sur l’impact du numérique par rapport aux enjeux actuels et futurs. A la lecture de ce livre, « manifeste de l’agriculture collabor’active », j’ai vraiment vu un message à la profession agricole, l’idée de dire : voilà il y a quelque chose à faire. Est-ce que vous pouvez exprimer ici quel est ce message ?

« Il y a un nouveau type de mutualisme à inventer »

Hervé Pillaud : Il y a en fait plusieurs messages, le premier c’est que la barbarisation de l’agriculture s’est faite courant du XXième siècle, particulièrement dans les années 50 lorsque toutes les organisations actuellement en place ont construit l’agriculture telle que nous l’avons et à mon sens d’une manière très positive. Pourquoi ? Parce qu’il a fallu accompagner deux choses.

  • Une qui s’est opéré fin du 19ème et tout le long du 20ème qui était la migration des populations des campagnes vers les villes, qui était une autre forme de migration que celle qu’on connait maintenant mais qui en était une, et il fallait nourrir ces populations qui ne produisaient pas elles-mêmes leurs nourritures ce qui était une nouveauté dans l’histoire de l’humanité.
  • La deuxième a été la décolonisation car dans un premier temps la nourriture des villes est venue en partie importante des colonies et il a fallu donc réfléchir à une nouvelle organisation de l’agriculture. C’est là que ce sont développés les coopératives, le syndicalisme agricole et toutes les organisations qui ont fait l’agriculture d’aujourd’hui et il y avait déjà une forme de barbarisation à ce moment-là et il se trouve qu’il n’y avait pas ces outils que l’on a maintenant et l’organisation de ces structures s’est assez vite taylorisé de façon pyramidale comme le reste de l’économie et au moment où le reste de l’économie passe à une autre forme de management je pense que nous allons nous aussi devoir y passer. Les coopératives qui se sont massifiées sont devenues pour un certain nombre des entreprises de plus en plus loin de leurs sociétaires et des agriculteurs, il y a un nouveau type de mutualisme à inventer, c’est là le message premier que je veux faire passer aux organisations professionnelles.

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Gilles Cavalli : Merci effectivement un message clair sur le contact terrain et si je comprends bien, sur la réappropriation par les agriculteurs des outils qui sont à leur disposition tels que cela a été fait il y a 50-70 ans, avec ces nouveaux outils qui permettent peut-être une certaine forme de démocratie et de réseaux d’interactions. La co-construction est d’alleurs facilitée avec ces nouveaux outils.

Hervé Pillaud : Totalement, et très largement pour ces nouveaux outils, qui sont pour moi au nombre de trois : il y en a deux qui se développent beaucoup, le troisième pas encore trop mais je pense que je réécrirais pour le développer car cela peut faire l’objet d’un livre à lui tout seul.

« Les plateformes et la blockchain développent la nouvelle économie du monde agricole tandis que les machines learning en seront l’outil ultime »

  • Le premier que je développe beaucoup est notamment le phénomène des plateformes, avec la question de savoir qu’est-ce que c’est une plateforme, comment on la met en place ?
  • Le deuxième, qui est train de prendre une large place et qui est une technologie émergente est la blockchain qui va révolutionner à mon sens la façon d’aborder la confiance. Jusqu’ici on a des tiers de confiance à qui on confie beaucoup de choses pour permettre de les mettre en place : c’est notre argent avec les banques, c’est l’authentification d’un acte avec des notaires, et en agriculture il y aura des applications sur ces deux choses-là mais aussi sur la traçabilité qui va pouvoir être vue et donner ainsi une place plus importante aux producteurs. Donc à partir de là il faudra revoir fondamentalement l’ensemble.
  • Les machines learning qui sont la troisième technologie que je n’ai pas trop abordée, peut-être pas suffisamment encore mais nous allons le faire, parce que c’est l’outil ultime de cette mise en place d’une nouvelle économie.

Gilles Cavalli : Très bien. Merci Hervé Pillaud pour cet échange et cet éclairage sur votre dernier ouvrage : Agroéconomicus : manifeste d’agriculture collabor’active, et à très bientôt chers auditeurs pour un nouvel échange avec un acteur du monde agricole. Au revoir à tous !

Et vous, avez-vous expérimenté des solutions numériques via une plateforme au sein de vos exploitations ? Pensez-vous que l’agriculture de demain partagera ce visage de la nouvelle économie ? Vous pouvez témoigner ci-après.

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