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« Les 8 clés de la réussite d’une visite d’exploitation agricole » Antoine Laudet, cofondateur de Mon Beau Terroir

Interview d’Antoine Laudet cofondateur avec Thomas Graffin de « Mon beau terroir » réalisée par Gilles CAVALLI.

Gilles CAVALLI : Alors Antoine, j’ai choisi d’échanger avec toi aujourd’hui au sujet de l’organisation des visites d’exploitations agricoles. Peux-tu s’il te plait te présenter et dire comment cette idée de « Mon beau terroir » est née ?

Antoine Laudet : J’ai été formé à l’Isara-Lyon, ensuite j’ai travaillé dans le tourisme à l’étranger en Nouvelle-Zélande. J’ai également travaillé dans l’export de vins dans un domaine à Chablis. J’ai d’ailleurs pu gérer et accueillir des groupes au sein de l’exploitation viticole. Notre projet d’entreprise est alors né sur la base d’un constat assez clair : il est aujourd’hui difficile pour le grand public de réserver facilement et rapidement une visite à la ferme puisque l’on ne sait pas exactement où trouver l’info, et l’on finit toujours par téléphoner au producteur etc. Paradoxe au pays du terroir : on réserve finalement plus facilement un appartement à Helsinki en AirBnB qu’une visite à la ferme à 30 km de chez soi parce que l’offre ne répond pas forcement facilement à la demande. De plus on passait beaucoup de temps à réserver des visites à la ferme pour nous durant les week-ends. On s’est donc dit qu’il y avait forcément un nouveau service à développer qui permettrait aux clients de réserver en quelques clics une visite-dégustation d’exploitations autour de soi. A travers notre service, on identifie les producteurs, on découvre les visites qu’ils proposent et on peut directement les payer en ligne.

« Mon Beau Terroir : Un service qui répond au besoin de visite de ferme ! »

Derrière ce concept, il y a tout un service pour les producteurs. Nous fournissons une activité support sur tous les aspects pour lesquels le producteur n’est pas expert-métier. Nous gérons la communication, la vente, la réservation, la facturation, pour que le producteur ayant par exemple 50 heures de visites à faire par an puisse les faires dans des conditions optimales, de manière rémunérée et selon ses contraintes de temps.

Gilles Cavalli : Parfait ! Justement, j’aimerai que l’on fasse un focus sur comment réussir à bien organiser la visite de son exploitation agricole. Dans le cadre de « Mon beau terroir », c’est un service destiné au grand public mais l’on peut très bien imaginer que l’on accueille des groupes d’agriculteurs pour présenter son exploitation. J’aimerai donc connaître les facteurs clefs de succès pour réussir cette mission.

1-Se présenter en tant producteur

Dans un premier temps, on insiste sur le fait qu’il faut que le producteur se présente en tant que tel pour que les gens qui viennent sur une exploitation appréhendent d’abord le métier à travers la personne, son histoire et ses motivations avant de comprendre le cœur de métier en tant que tel. La visite d’une exploitation, c’est avant tout la découverte d’une personne.

2-Expliquer le contexte agricole dans lequel évolue l’exploitation agricole

Ensuite, il est judicieux d’expliquer le contexte d’un point de vue macro en prenant du recul sur les bassins de production. Par exemple, détailler son activité de production et le contexte géographique :

« Je suis producteur de fromage de chèvre en moyenne montagne en Belledonne où à l’inverse, je suis céréalier dans la Beauce, j’ai tant d’hectares, etc ». Il faut préciser le contexte général dans lequel évolue l’exploitation et l’exploitant, ses avantages et ses inconvénients : bons débouchés, filière en difficulté, pression foncière, contrainte montagne…

« A travers sa visite, le visiteur doit être capable d’appréhender la réalité du terrain que vivent les agriculteurs »

3-Respecter un ordre chronologique pour la visite

Il est aussi important de suivre l’ordre logique de la production pendant la visite. Pour reprendre l’exemple du producteur de fromage de chèvres, c’est intéressant de faire commencer la visite dans les parcelles, cela permet d’expliquer le contexte en moyenne montagne puis ensuite de parler de la sélection de la race qui est adaptée, rustique etc. Ensuite, on va de la pâture à la salle de traite, de la salle de traite au tank à lait, puis du tank à la salle de transformation. Après la salle de transformation à l’espace d’affinage et ensuite le magasin le cas échéant On suit donc le sens logique de production. Cela rend le travail du producteur intelligible pour les visiteurs.

mon beau terroir organisation de visite àla ferme

4-Placer l’exploitation agricole dans la chaîne de valeur à laquelle elle contribue

Une fois que l’on a fait cela, il faut préciser que l’exploitation est dans une chaîne, c’est un maillon de la chaîne de valeur agricole. Dans le cas de la ferme de fromage de chèvres, il faut faire connaître les acteurs en amont, les conseillers, les fournisseurs en matières premières et en machinisme. Préciser ensuite la partie aval avec les affineurs, les transformateurs. Il faut donc montrer aux visiteurs qu’il y a une cohérence de filière et que l’exploitation est importante mais qu’elle représente seulement un élément de la chaîne. Cela permet de comprendre les différentes filières agricoles.

5-Montrer la réalité du terrain, de l’outil de travail

Autre point important, il ne faut pas hésiter à aller visiter les différents bâtiments et ou installations et montrer la réalité de l’exploitation. Les producteurs nous disent parfois qu’ils ne peuvent pas faire de visites car ils n’ont pas de salle dédiée. Ce n’est pourtant pas l’essentiel. Les visiteurs veulent voir les parcelles, les espaces de transformation, de stockage. Il ne faut pas hésiter à montrer les choses même si tout n’est pas parfait comme on le souhaite. Il faut alors expliquer. Les gens ne veulent pas être accueillis dans une salle de cours, ils viennent pour voir l’activité agricole dans sa réalité terrain.

6-Rester spontané

Autre point également intéressant, essayer de rester spontané, ne pas tomber dans le professoral, mais donner des explications argumentées en prenant les questions au fur et à mesure de la visite, pour ne pas que les questions restent en suspens.

7-Proposer une dégustation

A ne pas oublier, faire une dégustation en fin de visite est toujours apprécié ! Cela permet d’avoir une expérience complète, de solliciter le gout, l’odorat…Quand ce sont des produits transformés que l’on peut déguster sur place de type fromage, charcuterie c’est encore plus facile. En revanche, si la dégustation n’est pas possible car le produit n’est pas adapté comme en production céréalière par exemple, faire déguster un produit fait à base de cette matière première reste très intéressant ! Il faut que le visiteur comprenne au moins quelle est la finalité de l’activité et qu’il puisse se dire que l’agriculteur nourrit l’homme. Il faut qu’il comprenne que trois fois par jour il a besoin d’un agriculteur pour se nourrir.

8-Présenter une journée type de travail

Dernière chose : présenter la journée type du producteur. Il est intéressant de présenter sa journée en détaillant les activités majeures qui la composent, même si l’on sait qu’il n’existe pas forcément une journée type ! A travers cette description concrète, on montre que l’agriculteur est un entrepreneur, qu’il gère son entreprise, que son temps est précieux et que par conséquent l’agriculteur ne peut pas être tout le temps à la disposition des gens pour fournir de la vente ou des explications comme beaucoup de personnes peuvent encore se l’imaginer. C’est notre cheval de bataille chez « Mon beau terroir », de se dire que le producteur travaille, son temps a de la valeur, et que par conséquent, si vous allez visiter les fermes, il faut payer pour cela, pour un échange équitable. Les gens le comprendront d’autant plus si on arrive à leur montrer à quel point la journée d’un agriculteur peut être dense. Cela permet de mieux comprendre la réalité de son travail.

L’ensemble de ces points abordés au cours de la visite permet de comprendre l’activité globale du producteur, avec tout ce qui en découle notamment en termes de responsabilités, et de ressortir de la visite avec une expérience enrichissante.

Reussir sa visite d exploitation agricole

« L’agriculteur proposera une réelle expérience de visite enrichissante s’il respecte ces facteurs clefs de succès »

Gilles Cavalli : Merci beaucoup Antoine pour la clarté de ces points mis en avant. Pour conclure, quel serait ton rêve pour le milieu agricole et pour les agriculteurs ?

Antoine Laudet : Mon rêve serait qu’ils puissent vivre décemment de leur travail en vendant leurs produits à leur juste valeur en étant indépendant de subventions diverses et variées. Par extension, je rêve qu’à travers les visites sur l’exploitation, les producteurs puissent avoir la satisfaction de réaliser l’intérêt réel que les gens portent au métier d’agriculteur. Ce n’est pas toujours facile pour eux de le mesurer quand ils sont rarement en contact avec les clients. Je pense qu’un producteur qui produit, qui vend bien ses produits, tout en ayant des visites, quand cela l’arrange et en étant rémunéré, sur son exploitation est un producteur heureux par ce qu’il apporte au monde.

Gilles Cavalli : Merci pour cette présentation, je rappel, Antoine Laudet à l’initiative de « Mon beau terroir ». A très bientôt pour un nouvel échange avec un acteur du monde agricole.

Crédit Photo : Mon Beau Terroir

Et vous, organisez-vous des visites au sein de votre exploitation ? Quels sont, pour vous, les facteurs clefs de succès pour une visite réussie ?

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