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Cet article est le second d’une série de trois consacrée a une longue mais partielle retranscription de l’excellente émission Le Coq Chante de Sayouba Traoré diffusée sur RFI le 5 mars 2017 au cours de laquelle il interview successivement des leaders de l’APAD (Association pour la Promotion d’une Agriculture Durable) que sont Benoît Lavier, agriculteur en Côte d’Or et président national puis Sarah Singla, agricultrice dans l’Aveyron et vice-présidente et enfin Christophe Naudin, agriculteur dans l’Essonne, président de l’APAD Sud-bassin parisien.

Un grand merci à RFI de nous avoir autorisé gracieusement à valoriser sur le blog d’Agrifind ce reportage dont le podcast est disponible également sur le site de RFI.

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Sayouba Traoré : Aujourd’hui nous allons découvrir ensemble l’agriculture de conservation avec les responsables (…) de l’association pour la promotion d’une agriculture durable, ou APAD. Nous avons donc un problème la dégradation des sols, et une réponse, l’agriculture de conservation.

(…)

Sayouba Traoré : Le slogan pour l’association pour la promotion d’une agriculture durable c’est « laissez-vivre nos sols »

« Trois piliers sont à respecter pour faire de l’agriculture de conservation des sols : abandon du travail du sol ; couverture permanente des sols, semis direct et rotation des cultures »

Dans les faits, l’agriculture de conservation des sols reposent sur trois piliers. D’abord, l’abandon du travail du sol, dans l’objectif de limiter la perturbation mécanique du sol lors du semis, en supprimant le travail du sol réalisé par des outils métalliques qui détruit les vers de terre, leurs galeries et la structure du sol créée au fil des années. Deuxièmement, la couverture permanente des sols. En étant couvert toute l’année, le sol est protégé physiquement (pluie, orages), il conserve son humidité et son érosion est limitée par les racines ancrées au sol. Enfin troisièmement, le semis direct et la rotation des cultures, qui est une technique connue depuis fort longtemps.

Sarah Singla est agricultrice dans l’Aveyron sur une exploitation en agriculture des sols depuis plus de 37 ans.

Sarah Singla : Plus on va aller, plus on est en train de perdre de la surface agricole utile, donc cela signifie qu’à l’avenir il va falloir absolument qu’on préserve mais surtout qu’on régénère les sols pour d’une part que l’on puisse continuer de produire et de se nourrir mais aussi pour laisser à nos enfants quelque chose sur lequel ils pourront continuer à se nourrir. On a le devoir de régénérer le sol qui est notre principal outil de production pour les générations futures. Si la superficie cultivable diminue et que la population augmente ça veut dire qu’il va falloir intensifier la production mais aujourd’hui on voit que c’est possible puisque l’on a des cas en France et à l’étranger pour vous montrer que l’on arrive à produire deux fois par an sur la même parcelle. On arrive à cultiver beaucoup plus, on intensifie la production et l’on produit plus aussi bien en termes de quantité qu’en termes de qualité.

Sayouba Traoré : Vous, vous avez été sans pitié pour nous, vous avez dit que si on regarde l’histoire, chaque civilisation agraire a subsisté maximum 500 ans le temps de détruire les sols.

Sarah Singla : Oui en fait c’est l’histoire qui nous montre ça, il n’y a aucune civilisation agraire qui a vécu plus de 500 ans. A chaque fois qu’une civilisation a détruit son sol elle s’en allait un peu plus loin et elle rétablissait sa civilisation plus loin. Sauf qu’aujourd’hui étant donné que la surface agricole utile est en train de diminuer on ne peut plus se permettre de dire après nous le déluge et l’on partira. On est obligé de préserver et de régénérer le peu de sols qu’il nous reste.

Sayouba Traoré : Alors au niveau de l’érosion vous avez dit que l’on perd 5,6 tonnes par hectare ?

Sarah Singla : Alors on perd 5,6 tonnes à l’hectare ça c’est une étude qui avait été menée dans mon département, mais on perd de la terre tous les jours, tous les jours, à cause de l’érosion et la principale menace que l’on a aujourd’hui c’est elle, que ce soit l’érosion éolienne avec le vent ou l’érosion hydrique quand l’eau tombe sur le sol. Et la seule façon de lutter contre l’érosion, c’est d’avoir des plantes vivantes en permanence sur les sols.

Sayouba Traoré : Là il y a un problème, moi j’étais au Maroc dernièrement quand on a parlé de culture sans labour, et psychologiquement j’ai eu du mal à l’admettre.

Sarah Singla : Oui parce qu’au-delà d’une évolution en agriculture c’est surtout une révolution, il faut accepter de travailler différemment ça demande d’avoir de nouveaux repères, d’apprendre et de réapprendre l’agronomie, le fonctionnement du sol, donc il y a tout un changement à adopter.

Sarah-Singla-APAD

« L’agriculture de conservation est une révolution : il faut réapprendre à connaître le fonctionnement du sol »

Sayouba Traoré : Il y a le couvert végétal, il y a les rotations ?

Sarah Singla : Le principe de la rotation c’est de ne pas faire d’une année sur l’autre la même culture ou une espèce qui soit la même une année sur l’autre.

Sayouba Traoré : C’est-à-dire que les essences ne vont pas puiser les nutriments au même niveau dans le sol, c’est pour ça qu’il faut faire la rotation ?

Sarah Singla : c’est aussi pour ça puisque les systèmes racinaires sont différents donc il y a certaines racines qui vont puiser les éléments minéraux dans les premiers centimètres, d’autres qui vont être capable d’aller chercher les éléments minéraux en profondeur pour les ramener en surface et il y a une synergie en fait qui va s’opérer entre tous ces systèmes racinaires au niveau du sol.

Sayouba Traoré : Alors là il y a la technique du semi-direct, en quoi cela consiste ?

Sarah Singla : La technique du semi-direct elle consiste à copier la nature. La nature elle n’a jamais travaillé un sol, elle n’a jamais labouré, mais il y a des plantes donc dans notre technique on met en place une graine dans une culture qui est déjà en place qu’on appelle un couvert végétal

Sayouba Traoré : Donc on fait un sillon et on met la graine c’est tout ?

Sarah Singla : Voilà c’est ça et après le couvert végétal meurt et notre graine va pousser et ensuite on va récolter. On copie la nature.

Sayouba Traoré : Le couvert végétal va mourir naturellement ?

Sarah Singla : Le couvert végétal, on va le détruire ou on peut aussi le récolter. On peut l’avoir soit en récolte comme une culture ou alors avoir des animaux qui vont pouvoir pâturer ce couvert végétal.

Sayouba Traoré : Le risque c’est que si j’ai mis ma culture dedans elle va être pâturée aussi ?

Sarah Singla : Non parce qu’on pâturera le couvert végétal juste avant de mettre en place la culture.

Sayouba Traoré : Vous avez aussi parlé de la photosynthèse ?

« Outre l’infiltration de l’eau, le couvert va également aider à la lutte contre le réchauffement climatique »

Sarah Singlin : Oui, la photosynthèse c’est ce que les plantes font pour pousser toute l’année, grâce à la photosynthèse on va pouvoir aussi lutter contre le réchauffement climatique, puisque la photosynthèse c’est lorsque la plante va combiner le CO2 et l’eau pour faire des sucres. Tous les sucres qu’elle va former au niveau des feuilles font partie de son processus, elle va ensuite les envoyer au dans les racines.

Sayouba Traoré : c’est ce que vous appelez les exsudats ?

Sarah Singlin : Voilà les exsudats racinaires ce sont les sucres issus de la photosynthèse qui vous nourrir la vie du sol, ce qui va participer à avoir un sol qui fonctionne correctement.

Sayouba Traoré : Un sol qui fonctionne cela veut dire que la biodiversité tout cela fonctionne ?

Sarah Singla : Un sol qui fonctionne cela veut dire énormément de biodiversité cela veut aussi dire que l’on va pouvoir continuer de produire plus et mieux, cela va vouloir dire que l’eau va s’infiltrer correctement dans les sols et qu’elle ne va pas du tout ruisseler, on va avoir des sols qui sont performants.

Sayouba Traoré : Le souci premier de l’agriculteur c’est son rendement, est-ce qu’on garde le rendement constant, cela diminue, est-ce que ça a la même qualité ?

Sarah Singla : Donc en termes de rendement soit on est stable soit on augmente, mais après nous ce qu’on regarde surtout ce n’est pas uniquement le rendement mais la marge que l’on fait à l’hectare, pour ceux qui veulent faire la transition ils produisent un tout petit peu moins, étant donné qu’ils ont beaucoup réduit ils ont énormément réduit les charges de structure, ils ont une meilleure marge à l’hectare. C’est ce qui fait qu’ils s’en sortent mieux. Sur le long terme on arrive à produire autant voire plus que ce que l’on faisait par le passé.

« Le rendement est au moins aussi bon, la marge à l’hectare, elle, est meilleure »

Sayouba Traoré : Ce que vous êtes en train de me dire madame, c’est qu’au début j’apprends en marchant mais au fur et à mesure que je maitrise la technique je pourrai augmenter les rendements ?

Sarah Singlin : Voilà c’est tout à fait ça, au début on apprend en marchant et à la fin on termine à faire des courses de 100 mères haie c’est exactement pareil !

Sayouba Traoré : Je vous remercie !

Sarah Singlin : Avec plaisir !

(…)

*** Les interviews de Benoît Lavier et Christophe Naudin font l’objet des 2 autres articles***

Sayouba Traoré : Nous étions en compagnie des responsables et des adhérents de l’Association pour la Promotion d’une Agriculture Durable, un groupement d’agriculteurs qui œuvrent pour la diffusion et le développement de l’agriculture de conservation en France (…) Je vous rappelle que vous pouvez trouver cette émission sur le site RFI. Pour ceux qui veulent nous écrire lecoqchante @ rfi.fr. Vous pouvez également consulter notre page facebook le coq chante.

Crédit Photo : RFI / PIXABAY / UNSPLASH

Et vous, pratiquez-vous une agriculture de conservation des sols ? Quels sont vos techniques et facteurs clefs de succès pour progresser et vivre de ce modèle ? Vos témoignages sont les bienvenus dans les commentaires.

Pour développer vos compétences: Accédez ici à la plateforme Agrifind

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