Agronumericus-internet-est-dans-le-pre-herve-pillaud

Gilles Cavalli : Bonjour et bienvenu sur ce nouveau podcast d’Agrifind. Aujourd’hui j’ai la chance d’interviewer Hervé Pillaud, agriculteur, et auteur du livre « Agronumericus – Internet est dans le pré » aux Editions France Agricole paru en septembre 2015.

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Hervé, est-ce que vous pouvez s’il vous plait vous présenter, présenter votre exploitation et nous dire un petit peu d’où vous parler et qui vous êtes ?

Hervé Pillaud : Je suis exploitant agricole en Vendée sur une exploitation laitière. J’ai 59 ans. Je suis associé avec mon épouse en EARL, depuis 25 ans. On est plutôt en fin de carrière. On n’a pas de successeur direct pour la reprise de l’exploitation de lait, donc on est en phase un peu de transition. Le numérique m’a amené à m’intéresser à beaucoup d’autres choses et puis à faire désormais beaucoup de conférences, à écrire. Je sors un deuxième livre le 8 février 2017 « Agroeconomicus : Manifeste de l’agriculture collaborative ». J’ai également un certain nombre de responsabilités professionnelles : la FNSEA d’une part où je suis encore Vice-Président de mon département la Vendée, Secrétaire Général de la Chambre d’Agriculture de Vendée, Président d’un gros groupe de formation où on a 1500 jeunes et où on dispense une soixante de diplômes différents et puis je suis Vice-Président du Conseil Economique Social et Environnemental de la région des Pays de la Loire. De quoi occuper un homme !

« Mon deuxième livre a pour titre : « Agroeconomicus – Manifeste de l’agriculture collaborative » »

Gilles Cavalli : Merci pour ces quelques mots. Cela permet de mieux vous connaître pour ceux qui n’auraient pas eu l’opportunité de vous rencontrer. Dans le précédent livre, « Agronumericus – Internet est dans le pré », vous faites le lien entre l’innovation frugale, cela c’est au chapitre 14, l’agriculture écologiquement intensive au chapitre 19 et dans ce même chapitre, vous parler d’agriculture intensive en connaissances, tout cela en lien avec le numérique. Est-ce que peut-être vous pouvez préciser de quoi on parle quand on parle d’innovation frugale ?

Hervé Pillaud : L’innovation frugale, c’est un concept qui existe depuis longtemps mais qui a été pris et mis sur papier par Navi Radjou un franco-indien qui travaille beaucoup dans la Silicon Valley et qui conseille de très, très grandes entreprises. Par exemple, c’est lui qui conseille Carlos Ghosn, le PDG de Renault Nissan. Un certain nombre de voitures ont été conçues avec ses principes.

« L’innovation frugale, c’est arriver à faire des choses importantes à partir de « bouts de ficelle » »

L’innovation frugale, c’est arriver à faire des choses importantes à partir de « bouts de ficelle » quasiment et c’est très lié à des méthodes comme la méthode « lean » ou à partir d’un besoin, c’est toujours la chose essentielle, il faut partir d’un besoin. On crée un « use case », un cas d’usage, même plusieurs souvent, qui vont nous mener à des « POC » (en anglais) des preuves de concept, c’est-à-dire que l’on arrivera à apporter la preuve que ce que l’on imagine, fonctionne pour après avoir des produits minimum viable (ou MVP en anglais) pour pouvoir commencer à commercialiser et que l’on va petit à petit améliorer.

« On va passer progressivement d’une agriculture intensive en utilisation d’intrant à une agriculture intensive en utilisation de connaissances »

Donc, c’est une forme de créativité et d’innovation, peu courante, peu développée en agriculture et peu développée également en France, mais c’est ce qui fait le cœur du fonctionnement des start-ups. Il y a des choses très, très intéressantes à essayer au niveau agricole et particulièrement en lien avec l’agriculture écologiquement intensive. Alors pour moi, l’agriculture de connaissances, l’agriculture écologiquement intensive et le lien avec numérique, il est très facile à faire. Je pense qu’on va passer progressivement d’une agriculture intensive en utilisation d’intrant à une agriculture intensive en utilisation de connaissances.

Les intrants on en aura encore besoin certes pendant longtemps, je pense, mais on a déjà largement commencé à l’utiliser de façon beaucoup plus ciblée, beaucoup plus raisonnée que c’était quand je me suis installé par exemple il y a bientôt 40 ans. Mais, je pense, que l’on ira beaucoup plus loin. Parce que l’on n’a pas utilisé beaucoup encore les possibilités que nous offre la nature. Et là, je vais prendre l’exemple de la permaculture. Je ne pense pas que la permaculture va se développer d’un seul coup d’un seul, mais à partir de ces observations, on va pouvoir reproduire de façon très attentive ce que la nature est capable de faire toute seule. Vous savez que, dans la nature, il n’y a pas de déchet et, le lien numérique, il est très facile à faire. On n’arrive pas à agréger dans un cerveau, ni même sur papier, l’ensemble des éléments dont on a besoin pour cela. Alors, quelles sont les observations ? Elles sont faites directement par l’homme ou faites par des différents capteurs un peu partout que l’on va agréger par de la donnée sur du cloud et, à partir de cela, par le traitement des données. C’est l’univers du Big Data.

On va pouvoir développer un certain nombre de cas d’usage, comme je le disais tout à l’heure, qui nous amèneront à des produits que l’on pourra après réitérer, c’est-à-dire vulgariser. On l’a toujours plus ou moins fait depuis 40 à 50 ans. Je pense qu’on va retrouver un certain nombre de ces méthodes de façon assez instinctive comme on l’avait peut-être fait à une époque et recréer du lien direct entre les savoirs d’usage qui sont ceux des agriculteurs mais, pas que, et les savoirs d’experts qui sont ceux d’ingénieurs qui sont là plutôt pour conseiller et, puis, ce que j’appelle du savoir militant c’est-à-dire ceux qui vont fixer le cadre, ce sont les organisations professionnelles dans lequel on va pouvoir se développer. Ce sont ces personnes-là qui créent le lien pour moi entre l’innovation frugale, l’agriculture écologiquement intensive que certains appellent agroécologie mais, à la limite, peu importe les termes, puis le numérique qui lui est un moyen mais n’est qu’un moyen mais essentiel pour pouvoir y arriver.

Gilles Cavalli : Donc si j’ai bien compris ce numérique, ces données sont au service d’une meilleure compréhension de l’environnement et du fonctionnement du vivant et l’idée étant d’optimiser et de copier, d’intensifier la nature un petit peu comme ce que peuvent faire certains industriels avec l’écologie industrielle ou on essaie de fermer le cycle et d’avoir un maximum de productivité, un minimum d’externalité que ce soit du CO2 ou n’importe quelle matière ou des déchets de façon à pouvoir produire et tenir compte du fait que l’on est sur une planète qui est finie, qui est limitée.

« Demain les blockchains qui nous permettront de certifier ce qui a été fait et de le protéger mieux que les copyrights »

Hervé Pillaud : Totalement, c’est exactement cela. C’est essentiel de le faire à partir de produits minimum viables. Je vais vous donner un exemple, qui n’est pas nouveau mais, si un agriculteur qui a 100 hectares s’il consacre 1 % de sa surface d’un hectare pour faire ce genre d’essai, si on multiplie cela par 1000 exploitations cela fait 1000 hectares d’essai. Je pense que jusqu’ici on ne pouvait pas mettre facilement cela en réseau, avec le numérique on peut le mettre en réseau avec des méthodes très simples. Il n’y a pas besoin d’inventer les choses. On a Facebook, on a LinkedIn, on a Twitter qui permettent aux agriculteurs d’échanger là-dessus et on aura demain même des blockchains qui nous permettront de certifier ce qui a été fait et de le protéger, bien mieux que tous les copyrights que l’on pourra avoir. Donc, le champ du possible avec le numérique est énorme et cela je le décris encore beaucoup plus dans mon deuxième livre.

Gilles Cavalli : « Agroeconimicus » ?

Hervé Pillaud : C’est le manifeste de l’agriculture collaborative. Collaborative, le terme n’est pas vraiment français mais il parle en soi. C’est l’économie collaborative vraiment dans l’action pour l’agriculture. Tout tourne autour de cela avec des technos que je développe, qui sont toute l’économie de plateforme et puis les plateformes pour en faire la blockchain.

Gilles Cavalli : D’accord. C’est comment le numérique et comment l’utilisation du numérique peut favoriser les échanges, les partages et optimiser les interactions entre les individus ?

Hervé Pillaud : C’est facile. Il suffit de se pencher pour ramasser. On a, je vous l’ai dit, les réseaux sociaux qui nous permettent ces échanges là mais aussi quelque chose de très, très intéressant pour le faire. On a tous les éléments pour pouvoir faire ces échanges-là. Alors, le fait de les mettre ne prouvera pas que c’est vrai mais il y aura suffisamment de personnes pour expliquer les choses. C’est le fonctionnement par exemple de Wikipédia où un certain nombre de choses y sont posées et rectifiées s’il y a des erreurs, et s’enrichissent en permanence pour arriver à quelque chose qui tient la route. Donc, c’est à travers ces réseaux d’échanges que l’on pourra y arriver mais s’ajoute à cela l’univers du Big Data pour pouvoir avoir des algorithmes qui nous permettent d’aller encore plus vite dans un certain nombre de choses. Imaginons que l’on a pour faire, par exemple, du suivi de troupeaux demain – je l’ai vu en Israël -, un troupeau de 4000 vaches, capable de soigner la quasi-totalité des maladies y compris la mammite sans antibiotiques ou presque. Donc quasiment bio. Parce qu’ils utilisent à fond le Big Data qui permet de détecter extrêmement tôt un certain nombre de choses et après y aller avec des méthodes qui sont plus douces, plus naturelles. Je ne connais pas un paysan, je ne connais pas un agriculteur qui utilise des produits phytosanitaires, ou des antibiotiques ou autres pour le plaisir. Jamais. D’abord cela coûte des sous, on est les premiers au contact de produits qui sont un peu dangereux. Si on peut faire différemment avec autant voire plus de résultats, il n’y en a pas un qui va s’en plaindre. Et là, l’apport en connaissance par le numérique pour anticiper les choses, pour pouvoir gagner un peu en compétitivité cela sera énorme.

Gilles Cavalli : Merci beaucoup Hervé de ce témoignage, de cet éclairage sur l’intérêt du numérique au service des personnes et au service du vivant, c’est tel que je l’ai compris. Peut-être un petit mot sur la E-fondation dont vous parlez au chapitre 25 de votre livre. De quoi s’agit-il ? Et quel serait l’objet et l’intérêt d’une telle structure ?

« Je crois beaucoup dans la transversalité entre le green – l’environnement, le food – l’alimentation et l’agriculture »

Hervé Pillaud : L’intérêt d’une telle structure, pour moi : l’idée est double ou triple, c’est d’abord de mettre en place une plateforme de données agricoles qui demande des moyens donc c’est qu’on puisse dégager ces moyens à travers quelque chose comme une fondation qui peut être un fonds d’investissement. On a des fonds d’investissement en France comme Unigrain ou Sofiproteol qui peuvent être un embryon mais, à travers ces fondations, on pourra faire des choses qui seront au service de l’agriculture française mais pas que, au service des consommateurs aussi, mais aussi ouvert sur le monde pour ouvrir cela à toutes les agricultures dont on a besoin nous-même pour enrichir nos connaissances donc c’est à partir de cela que cette fondation peut à mon sens avoir un intérêt. Et là, je crois beaucoup dans la transversalité entre le green tout ce qui touche un peu à l’environnement, le food l’alimentation, et l’agriculture. Pour moi les choses sont très transversales entre ces trois domaines-là. Et c’est là qu’une fondation, je pense, peut nous apporter des moyens pour réaliser des choses. Notamment pour, pourquoi pas, financer de nouvelles start-ups.

Gilles Cavalli : Effectivement, cela permet de faciliter et d’avoir cette vision transversale dont on a tant besoin aujourd’hui.

« Le lien direct des nanotechnologies, les sciences, des sciences de l’information et les biotechs fera l’agriculture de demain »

Hervé Pillaud : On a déjà un certain nombre de start-ups qui travaillent sur les bio-technologies. Travailler sur les bio-techs cela ne veut pas dire travailler uniquement sur les OGM. Cela veut dire on commence à voir des start-ups qui vont travailler sur des produits phytosanitaires à partir d’éléments naturels. D’engrais à partir d’éléments naturels. Déjà, cela on l’a depuis toujours. Tout l’enjeu du traitement des déchets urbains, par exemple, des déchets fermentescibles est énorme. Alors, on peut avoir un certain nombre d’additifs. On commence à avoir des entreprises qui travaillent là-dessus. On a en France comme Axioma, comme Vertal, comme L’éléphant vert qui est un peu plus en Afrique bien qu’ils travaillent un peu en France. On commence à voir ces entreprises-là se développer. Il y en a d’autres, je cite ces trois-là, mais il y en a d’autres qui ne se développent qu’à partir de ces connaissances et très liées avec le numérique. Donc, le lien direct des nanotechnologies qui miniaturisent les choses et les sciences cognitives qui travaillent cette intelligence naturelle ou artificielle, des sciences de l’information et des biotechs nous fera l’agriculture de demain.

Gilles Cavalli : Et pour conclure, tout simplement j’invite les gens qui ont envie de vous écouter et de savoir ce que vous proposez, votre vision des choses, de vous rejoindre sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter ou LinkedIn). C’est très facile, vous êtes actif sur ces réseaux : @Herve_Pillaud.

Hervé Pillaud : Et je serai au salon de l’agriculture, à la fois au SIA et au SIMA avec la Ferme Digitale qui regroupe actuellement 11 start-ups dans le domaine de l’agriculture. Je serai à un endroit ou un autre tous les jours.

Gilles Cavalli : Rendez-vous au SIMA 2017 entre le 26 février et le 2 mars. Merci beaucoup. C’était Gilles Cavalli pour ce podcast et cette interview d’Hervé Pillaud, agriculteur, éleveur, auteur et conférencier, très actif sur les thématiques de l’agriculture numérique et de tous les corollaires. Merci du temps que vous nous avez accordé Hervé et je vous souhaite une excellente journée à tous. Au revoir.

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