Gilles Cavalli : Bonjour et bienvenue dans ce nouveau podcast d’Agrifind. Je suis aujourd’hui accompagné d’Hervé Coves, agronome également franciscain. Hervé s’est principalement intéressé à comprendre les agrosystèmes actuels basé sur l’étude des écosystèmes des ancêtres des cultures d’aujourd’hui. Bonjour Hervé.

Hervé Coves : Bonjour ! J’ai quelque chose d’important à te dire : « la vie est belle ».

Gilles Cavalli : Merci, pour cette jolie introduction. En quelques mots pourrions-nous savoir votre parcours, vos centres d’intérêts ?

Hervé Coves : J’ai eu la chance de beaucoup voyager, de rencontrer beaucoup d’agriculteurs sous plein de latitudes différentes et finalement, de me rendre compte qu’on était tous reliés par cette même question : « Comment arriver à ce que notre terre, notre sol arrivent à donner la plus belle production possible ? ». Et je me suis rendu compte que certains y arrivent beaucoup mieux que d’autres notamment lorsque les cultures sont très diversifiées. Cela m’a beaucoup questionné. On voit qu’en France, il y a quelque chose d’assez étonnant dans la diversité des plantes qui permettent de mieux produire. Et en regardant dans le sol, j’ai beaucoup recherché les champignons. Je suis passionné pour les mycorhizes, les champignons du sol et je me suis rendu compte que, plus il y avait de plantes, plus il y avait de mycorhizes, plus il y avait de champignons. Finalement ces champignons ont un rôle assez important dans notre système.

Chez nous, en France, en Europe ce champignon est relativement peu présent. Alors pourquoi ? Comment ? Qu’est ce qui se passe là-dedans ? Qu’est-ce que signifie ce champignon ? Qu’est-ce que signifie ces mycorhizes ? Sont-elles réellement indispensables ? Qu’est-ce qu’elles apportent de plus ? Qu’est-ce qu’on fait sans elles ?

Gilles Cavalli : Parfait, justement par rapport à ce fonctionnement du sol, pour avoir les plus belles cultures possibles et pour connaître le rôle des champignons : Quels seraient les éléments à porter à connaissance aux agriculteurs pour qu’ils puissent peut-être modifier leur pratique ou en tout cas avoir quelques informations pour mieux comprendre leur métier et le fonctionnement du vivant ?

« Les mycorhizes du sol permettent aux plantes de communiquer »

Hervé Coves : Déjà dans la nature tout est lié, c’est-à-dire que toutes les plantes sont connectées les unes aux autres par ces gros champignons. Par exemple, lorsqu’un plan de blé est atteint d’une maladie, s’il est connecté à un réseau de champignons, il informe toutes les plantes qui sont autour de lui, qu’il est atteint par une maladie. Et toutes les plantes ensemble vont mettre en place des solutions pour contrecarrer cette maladie. C’est un exemple très concret, du fait que les plantes communiquent ensemble par l’intermédiaire de champignons et qu’elles arrivent à se soutenir et à se soigner mutuellement. Et donc des plantes bien mycorhizées ont beaucoup moins de pathogènes, beaucoup moins de maladies que les plantes qui ne le sont pas.

« Les plantes mycorhizées sont plus résistantes que celles qui ne le sont pas »

Autre aspect du sol, toute plante utilise une niche du sol, un écosystème, un certain aspect du sol un tout petit peu différent d’un autre. On sait par exemple qu’une betterave sucrière, avec son système pivotant, s’enfonce très profondément dans le sol, elle va donc pouvoir utiliser des nutriments qui sont très profonds. Les céréales vont avoir une zone d’exploration un petit peu moindre et puis après les graminées, par exemple, vont rester beaucoup plus en surface. Chacune exploite des zones différentes. Lorsque tout est relié par des champignons, les nutriments récoltés à toutes les profondeurs de sol se retrouvent répartis dans toute la communauté de plantes, du moins dans toutes les communautés de plantes qui sont connectées les unes aux autres par ce réseau de champignons. Finalement toutes les bases qui sont connectées en profondeur se retrouvent en surface, à la disposition des plantes et cela résout une grosse partie des problèmes de fertilisation. Par exemple, si j’ai une plante légumineuse, qui fixe de l’azote et si elle est en même temps connectée à mon blé qui est à côté, on sait que la légumineuse va apporter 30, 40, 50 unités d’azote supplémentaires à l’hectare. Et si les plantes sont connectées, mon blé va non seulement bénéficier de ces 40 à 50 unités, lié à une restitution lorsque ma légumineuse meurt mais pendant toute la vie de la légumineuse, elle va aussi apporter de l’azote mais cette fois, cela peut-être jusqu’à 115 unités d’azote qui vont se transférer de la légumineuse vers le blé.

« Les légumineuses peuvent apporter jusqu’à 115 unités d’azote à un blé »

Dans un écosystème sauvage, il y a toujours quelques légumineuses et celles-ci produisent de l’azote non seulement pour elles, mais comme elles sont connectées aux autres plantes, elles en apportent aussi beaucoup aux autres, aux alentours. Chaque plante à une fonction dans le système, la légumineuse apporte de l’azote par exemple, les racines pivotantes remontent la potasse, le calcium, le magnésium…

Toutes les bases qui sont lessivées en profondeur et certaines plantes vont apporter, se spécialiser dans certains nutriments. Il y a des plantes qui savent très bien sortir le sélénium, le bore et qui vont remettre tous ces nutriments à disposition des plantes que l’on va cultiver. Cela réinterroge notre forme d’agriculture : « Comment concilier une agriculture diversifiée avec toutes ces plantes-là, avec tous ces champignons et puis bien sûr les objectifs de mécanisation et les aspects économiques ? ». Il est quand même probable de pouvoir arriver à faire vivre tout ça. Et cela s’ouvre par une autre question : « Comment faire ? ». Parce que finalement on ne s’est jamais trop posé la question de : « Comment faire ? ». Et le génie de tous les agriculteurs est vraiment prodigieux, on voit des tas de gars qui arrivent à mettre en place des systèmes souvent performants et cela recréer une belle dynamique dans le métier. Une belle dynamique mais encore plus belle que ça : C’est composer avec la vie, composer avec le vivant.

C’est quoi être agriculteurs aujourd’hui ? On voit beaucoup de gens qui sont dans cette espèce de morosité, ça va mal, c’est compliqué, c’est vrai que ça va mal, c’est compliqué mais si mon métier me permet d’apporter plus de vie dans ma vie, d’apporter plus de vie dans mes cultures, d’apporter quelque chose de plus réjouissant finalement cela change un petit peu les perspectives du métier. Cela redonne de la joie là où on avait beaucoup de problème et de nouvelles façon d’avancer ensemble, entre agriculteurs bien sûr, entre les personnes qui se posent des questions et qui veulent avancer. Trouver de nouvelles solutions mais ensemble également avec la nature, avec notre environnement, qui n’est pas qu’une espèce de concurrence contre qui il faut lutter mais qui devient un partenaire avec lequel on va pouvoir avancer ensemble.

Gilles Cavalli : Merci beaucoup pour ce beau message plein d’espoir et on comprend aussi que derrière il y a tout un état d’esprit, tout un travail et toute une recherche à mettre en place. Pour conclure notre échange, votre rêve pour les agriculteurs quel est-il ?

Hervé Coves : On a plein d’occasion dans notre métier de se rendre compte que la vie est belle mais c’est compliqué. On a plein d’occasion dans notre métier de trouver de la joie dans ce que l’on fait, quand on voit toutes les passions qui nous animent, tout ce plaisir. Que cette joie puisse justement se développer de la vie. L’agriculture que je vois au-delà et celle dont je rêve, c’est justement une agriculture pleine de vie, pleine de collaborateurs, de précieux alliés qui vont nous aider à produire mieux, à augmenter la fertilité de nos sols, à augmenter la fertilité de notre agrosystème dans sa globalité et finalement à prouver au monde que la vie est belle.

Gilles Cavalli : Merci beaucoup pour ce témoignage plein de beauté, on sent la passion dans votre voix. C’était Gilles Cavalli pour le blog d’Agrifind. Aujourd’hui avec Hervé Coves, agronome, qui s’est intéressé de très près au fonctionnement des sols et notamment des champignons, des mycorhizes et à tout ce qui relie les plantes entre elles sous nos pieds.

Quelle importance accordez vous à la mycorhization dans vos parcelles ?

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