Gilles Cavalli : Bonjour, aujourd’hui je suis avec Thierry Desvaux agriculteur dans le Yonne. Il pratique dans un assolement en commun l’agriculture de conservation des sols. Bonjour Thierry !

Thierry Desvaux

Thierry Desvaux : Bonjour. Je suis effectivement agriculteur ou paysan et je suis très serein car je pratique une agriculture agroécologique résiliente. Je suis fier d’avoir réussi, aujourd’hui, à régénérer un sol vivant avec l’aide de quatre agriculteurs voisins au sein d’un assolement en commun qui s’appelle la SEP de Bord, en adoptant l’agriculture de conservation. J’ai plaisir à transmettre mes connaissances aux élèves, à partager ma passion auprès des citoyens, également à échanger avec d’autres agriculteurs, des techniciens, des chercheurs sur le semis direct sous couvert végétal. Je m’implique aussi au sein de l’AFDI, Agriculteur Français Développement International, auprès des agriculteurs des pays du sud, actuellement, à Madagascar, toujours sur cette thématique agroécologique.

TD avec des élèves

Gilles Cavalli : Merci. Justement j’ai compris que cette façon de produire, l’agroécologie n’était pas ta façon de faire au démarrage. De même l’assolement en commun n’était pas mis en place lors de ton installation. Puis-je savoir quelles étaient les étapes qui ont été franchies pour atteindre ce qu’est aujourd’hui la SEP de Bord. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?

« Nous avons choisi de produire mieux ensemble »

Thierry Desvaux : Oui. Ce n’est pas évident pour des paysans de décider de travailler ensemble.

La première étape, c’est de vraiment d’apprendre à se connaître personnellement pour après mieux s’apprécier, mieux travailler ensemble.

Deuxième point, il fallait savoir ce qu on voulait faire ensemble, quel projet collectif ? Nous, on a défini « produire mieux ensemble » et c’est pour ça qu on s’est tourné vers l’agriculture de conservation qui est un véritable challenge technique. Et puis, en plus du challenge technique, c’était le challenge humain : on avait envie de travailler ensemble. Et donc, c’était l’homme au sein du nouveau système.

La troisième étape, c’était de savoir quel était le meilleur montage juridique pour notre projet commun et on a choisi la société en participation ou SEP.

La quatrième étape était le volet économique pour savoir quelle modalité de répartition sur le produit, quel choix de relation avec le fournisseur, avec l’acheteur.Sep de Bord Yves et Stéphane Bézine, Jean et Pierre Butin, Thierry Desvaux

Et puis la dernière étape, c’était un moment important : un chantier expérimental de récolte et de semis qui nous a permis d’apprendre à organiser ensemble et à gérer un groupe en commun.

J’insiste sur le fait que c’est bien la volonté humaine de travailler en commun qui est à l’origine du projet et non pas une nécessité économique. Et moi je crois que c’est vraiment la clé de notre réussite aujourd’hui.

Gilles Cavalli : Merci. Est-ce que tu peux nous présenter l’environnement de travail à la SEP de Bord, les associés et l’organisation ?

Thierry Desvaux : On a 630 ha, 4 exploitations réunies, 5 agriculteurs : Jean et Pierre qui sont éleveurs de porc et de volaille, Yves et son fils Stéphane qui ont chacun une exploitation distincte et moi-même. Donc, l’assolement commun c’est une nouvelle ferme, une nouvelle entité. Pour des raisons règlementaires on a été obligé de créer une SNC pour gérer le parc matériel et une autre SNC pour gérer le stockage. Les deux SNC sont prestataires de service de la SEP de Bord qui, elle, achète les intrants et commercialise la production. Ensuite, la SEP de Bord répartit le résultat au prorata des surfaces apportées aux 5 agriculteurs, aux 4 exploitations. Au sein des exploitations individuelles, on continue à payer fermage, la MSA et on reçoit les aides PAC.

semis direct blé derrière OH sous couvert végétal à forte biomasse

Gilles Cavalli : Par rapport à ce choix de produire avec l’AC, l’agriculture de conservation des sols et l’agroécologie, comment ça impacte le quotidien, la réflexion et les choix ?

« L’agriculture de conservations des sols nous permet de progresser ensemble »

Thierry Desvaux : On a un gros avantage, c’est qu’on n’y connaissait strictement rien au départ. Donc, il a fallu s’informer et se former, rencontrer et puis progresser ensemble donc on a expérimenté, testé, on s’est trompé. Mais, on avait un objectif commun, c’est de mieux produire et cette agriculture sur sol vivant, elle correspondait tout à fait à nos souhaits personnels.

Gilles Cavalli : Merci. Peut-être une dernière question pour finir cet échange ? Ton rêve d’agriculteur, quel est-il ?

Thierry Desvaux : Spontanément !

¾ des personnes qui souffrent de la faim dans le monde sont des paysans. Pour moi, c’est insupportable. Mon premier rêve, sincèrement, c’est que tous les paysans du monde puissent vivre dignement de leurs métiers, si possible avec des pratiques agroécologiques, c’est-à-dire qu’ils valorisent les services des écosystèmes. Je rêve d’agriculture familiale, résiliente, qui répondent aux attentes sociétales tant au niveau de la qualité de la production que de son impact environnemental et puis, aussi, qui répondent aux enjeux liés au changement climatique. Je pense que les pratiques agroécologiques sur sol vivants et l’agriculture de conservation sont incontournables. L’agriculture de groupe, elle, permet d’y accéder plus facilement.

Gille Cavalli : Merci beaucoup Thierry. Je rappelle Thierry Desvaux est agriculteur au sein d’une SEP avec un assolement partagé constitué de 5 associés répartis en 4 exploitations agricoles dans l’Yonne et il pratique une agriculture en agroécologie.

Et vous, un assolement en commun cela vous parait il un choix d’avenir ? Vos commentaire sont les bienvenus.

Vous pouvez vous aussi vous former à l’agrocoécologie via Agrifind Connexion

Crédit photo : T Desvaux

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