Gilles Cavalli : Je suis aujourd’hui avec Thierry Bailliet. Thierry est agriculteur dans le Pas-de-Calais, il est principalement connu sur les réseaux sociaux grâce à sa chaîne YouTube : Thierry agriculteur d’aujourd’hui. Thierry, si j’ai souhaité t’interviewé aujourd’hui c’est en particulier par rapport à ces aspects liés à la communication, liés au fait d’expliquer le métier d’agriculteur. Peux-tu te présenter rapidement et nous dire ce qui t’as amené à t’adresser au grand public ?

Thierry Bailliet :Je suis agriculteur dans le Pas-de-Calais depuis une bonne vingtaine d’années et je me suis donc mis à communiquer sur les réseaux sociaux et essentiellement sur YouTube, qui a été mon premier vecteur de communication, depuis quatre ans, parce que je m’étais rendu compte que ce moyen de communication était assez percutant au niveau des jeunes, et des moins jeunes aussi d’ailleurs. J’ai voulu me mettre à communiquer pour expliquer mon métier tout simplement suite à un souci qu’avait eu mon fils à l’école. Il s’était fait insulter et j’ai estimé que les gens n’avaient pas la bonne notion de l’agriculture actuelle alors que l’on a des choses extraordinaires à montrer. Je me suis donc dit, « pourquoi ne pas le montrer moi-même avec une petite caméra et en expliquant mon métier au jour le jour ».

réseaux sociaux et agriculture

Gilles Cavalli : Merci. C’est ainsi que de fil en aiguille tu as acquis des compétences en terme de communication. Quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui souhaite mieux communiquer sur son métier vis-à-vis de sa famille, de ses voisins, de son entourage mais aussi de ses clients ?

Thierry Bailliet : C’est un peu la première question à se poser lorsqu’on veut se mettre à communiquer c’est-à-dire : à qui je veux m’adresser ? Moi, pour mon cas précis je voulais m’adresser au grand public, donc le canal de YouTube était particulièrement adéquat étant donné que l’on peut toucher un large public.

Maintenant quelqu’un qui va vouloir s’adresser à des professionnels pour expliquer ce qu’il veut faire, je l’orienterais peut-être plus sur Twitter par exemple, qui est un très bon canal professionnel voire LinkedIn mais qui est tout de même un peu plus compliqué.

Ensuite pour celui qui veut aussi s’adresser au grand public voire à un réseau plus proche, d’amis ou des personnes proches au niveau physique : Facebook est bien développé maintenant depuis quelques temps. Il est passé aussi à la vidéo de façon assez importante, depuis deux ans environ et il va permettre de s’adresser à des personnes qui sont plus proches, ce qui peut tout à fait correspondre à quelqu’un qui veut commercialiser des produits.

« Il faut adapter son ou ses canaux de communication au public à qui l’on s’adresse. »

Je vais vous donner un exemple, vous avez un distributeur automatique de produits fermiers ce qu’y se fait de plus en plus, en conséquence, vous n’avez plus de contact direct avec votre clientèle, et en faisant des petites vidéos par exemple sur Facebook ou tout simplement en écrivant des petits messages, en disant, voilà tel produit est arrivé, le produit est comme ceci ou comme cela… Cela peut permettre de renouer le contact. On peut également utiliser Facebook pour faire de la promotion ce qui n’est pas forcément évident sur d’autres réseaux.

Donc voilà, cela dépend de la cible que l’on va viser mais aussi de sa capacité personnelle. Si on veut simplement s’adresser à ses voisins pour mieux expliquer ce que l’on fait, on peut aussi faire une porte ouverte de son exploitation. Par exemple, le réseau AgriDemain le fait avec la fête de la moisson. Ce sont des choses qui sont peut-être plus simples mais qui ont aussi leur efficacité et où l’on peut atteindre un public.

En résumé, la première chose à déterminer, c’est vraiment son objectif et donc viser un public que l’on veut atteindre. Après si c’est un public plus ou moins jeune cela peut être aussi sous forme de blog ou de podcast comme tu le fais, si ce sont d’autres agriculteurs pour expliquer son expérience dans un domaine bien précis par exemple cela peut aussi être intéressant. Moi j’utilise YouTube, Facebook et puis Twitter pour reporter mes vidéos, donc on peut compléter, ce n’est pas forcément le choix d’un canal unique.

Gilles Cavalli : Ok, donc le premier élément c’est définir à qui on s’adresse et donc choisir en conséquence le média le plus adapté par rapport aussi à ce qu’on a envie de faire et là où on se sent capable de le faire. Quelle serait l’étape suivante pour oser s’y mettre ? Quels conseils ou astuces pourrais-tu nous donner ?

« Apprendre à raconter des histoires est essentiel pour bien communiquer »

Thierry Bailliet : Déjà dans les bases de la communication, une fois qu’on a défini sa cible ainsi que le ou les réseaux qu’on va utiliser. Une fois qu’on a défini cela, il va falloir déterminer son message c’est-à-dire, maintenant que je sais à qui je m’adresse :

  • · qu’est-ce que je veux dire à mon public ?
  • · comment je vais le raconter ?

Il y a des exemples très simples qu’on voit dans les publicités qui fonctionnent très bien c’est sous forme de petites histoires. Des histoires qu’on peut faire soi-même par exemple, en disant, voilà j’avais tel problème, il fallait que je le résolve donc j’ai procédé comme ça… En faisant une petite histoire, parfois en se mettant en scène soi-même, ou en mettant en scène un personnage que l’on créer. Les américains appellent ça le storytelling, c’est raconter une histoire pour mieux faire passer un message. On le voit dans certaines publicités où on a une petite famille par exemple qui achète des produits dans le supermarché et donc on sait que tel produit est en promotion parce qu’il y a ceci ou cela. On a cet aspect-là qui est tout à fait possible soit en faisant des épisodes qui se suivent et puis qui expliquent différentes choses, soit chaque épisode de ce que l’on veut raconter peut être différent. C’est vraiment le meilleur moyen de captiver l’auditeur en racontant une petite histoire dans lequel l’individu va pouvoir éventuellement s’intégrer et mieux comprendre. Je pense que ça c’est vraiment important à définir.

Gilles Cavalli : Est-ce qu’il y aurait un troisième élément à avoir en tête pour se lancer, pour démarrer dans une communication un peu plus assumée, un peu plus ouverte ?

« Oser se lancer »

Thierry Bailliet : Y’en a peut-être plusieurs mais qui peuvent se recouper, l’important c’est ce que les gens attendent. Lorsqu’on a affaire à un professionnel (en fait un non professionnel de la communication) on va parfaitement accepter les imperfections, les imprécisions, les erreurs. Quelque part personne ne s’attend à ce que la personne soit hyper top au niveau de ses phrasées, de son expression…Quand je parle je fais des erreurs parfois, l’important c’est d’être soi-même de communiquer en fonction de ce que l’on pense, communiquer vrai et puis bien comprendre que pour commencer il faut tout simplement se lancer. C’est hyper important parce que souvent on dit oui, mais d’accord, mais bon, il faudrait que j’ai cela en plus, il faudrait que je travaille cela… Mais non ! A un moment donné ce n’est pas le fait de perfectionner ce que l’on va dire qui va améliorer le résultat, sinon on va toujours reporter au lendemain en disant, oui mais aujourd’hui… Si je vais tourner une vidéo, et que je dis non parce qu’il ne fait pas assez beau, qu’il n’y a pas assez de soleil et donc que je me retourne au lendemain et qu’il pleut et puis le surlendemain il va encore y avoir quelque chose, et pour finir on laisse tomber et on abandonne.

Le plus dur est de se lancer et en même temps c’est aussi le premier pas, on ne peut pas marcher sans faire un pas devant l’autre, c’est hyper important. Puis au fur et à mesure du temps on s’améliore et on progresse et c’est en essayant, en se plantant une fois ou deux et puis en recommençant qu’on arrive à faire quelque chose qui se construit au fur et à mesure. Il ne faut pas hésiter à y aller et arrêter de se trouver des fausses excuses. Au loto on dit que tous les gagnants ont tenté leur chance. Ici c’est pareil, pour communiquer à un moment donné, il faut se lancer. C’est surement ce qui est le plus dur, parfois on se trouve des excuses mais à un moment donné si on veut y aller, il faut y aller.

Gilles Cavalli : Par rapport à ton offre de service de formation au sujet de la communication dédiée à des agriculteurs, quel est le programme dans les grandes lignes ?

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Thierry Bailliet : On a déjà parlé bien parlé du programme dans les questions que tu m’as posées.

Définir à qui l’on s’adresse

Le premier point, c’est la définition des besoins de communication. Donc savoir pourquoi s’exprimer, à qui on s’adresse et donc quel canal on va pouvoir utiliser. Il y a un premier point là-dessus, qui est à mon avis important pour savoir ce qu’on fait et où on va, parce que si on ne sait pas ce qu’on fait et où on va, on ne va pas faire de chose intéressante.

Maîtriser les bases de la communication

Ensuite on reprend aussi les bases de la communication savoir se présenter, valoriser son produit, raconter son histoire, créer une petite histoire éventuellement, définir son message.

Apprendre à s’exprimer

Puis une partie : apprendre à s’exprimer, c’est-à-dire utiliser le sourire, ce qui est très important dans la vidéo mais ce qui l’est aussi dans l’audio dans un podcast comme celui-là par exemple. Si quelqu’un est triste on va le ressentir, si quelqu’un est gai et souriant on va le ressentir aussi. Il est donc important lorsqu’on s’exprime de savoir utiliser cela, pousser son sourire, améliorer sa diction… J’ai quelques petites techniques qui permettent d’améliorer cela et de déstresser assez rapidement par le système de la respiration.

Accepter ses imperfections

Ensuite on arrive sur le point qui permet d’accepter ses imperfections justement et de s’entraîner. Il faut absolument, j’allais dire le faire, pour se lancer un moment donné. Il a un charisme extraordinaire, voilà, il y arrive en réalité ! C’est quand on se donne la possibilité de communiquer qu’on créer son charisme et non pas parce qu’on a du charisme, qu’on communique. Moi j’ai appris petit à petit parce que j’étais plutôt un timide quand j’étais jeune. A 14 ans, j’osais à peine répondre au téléphone donc ce n’était quand même pas une référence. Quand je me suis dit, j’y vais, je communique, je me suis lancé et puis au fur et à mesure on va s’exprimer, on va réfléchir à son message. C’est une partie très importante.

Découvrir et apprendre à ses servir du matériel vidéo des smartphones

La formation continue par la partie vidéo en elle-même avec les bases de la vidéo : écriture du script, utilisation du matériel. Je propose des solutions de matériel qui sont peu onéreuses vu que je me base essentiellement sur l’utilisation du téléphone. Maintenant, on a des téléphones portables qui sont hyper performants et sur lequel on peut tout réaliser, c’est-à-dire l’enregistrement, le montage et puis l’envoie directement sur les plateformes concernées sans avoir le copie de fichier et l’utilisation d’autres programmes compliqués. C’est une possibilité qui est de plus en plus vraie qui est d’ailleurs utilisée par des professionnels de la communication, des journalistes qu’on appelle les mobiles journalistes ce sont des gens qui utilisent uniquement leur téléphone pour filmer et puis envoyer des petits programmes, alors peut-être pas pour TF1 ou des grosses chaînes mais sur des médias qui sont tout à fait respectables. A partir du moment où on a quelques techniques simples pour bien stabiliser l’image et avoir un bon son, puis savoir comment on cadre, on peut tout à fait faire quelque chose de super correct et qui fait non pas forcément trop pro mais qui est tout à fait correct et acceptable pour une diffusion.

Savoir publier

Après la dernière partie c’est la mise en ligne, la diffusion, le référencement, les titrages, la description, les balises, les tags et puis vérifier comment est perçu son message avec les retours qu’on peut avoir. Il y a quatre points sur la journée de formation qui sont assez bien détaillés ainsi que la possibilité de répondre aux questions bien entendu.

Gilles Cavalli : Parfait ! Merci parce que effectivement le programme nous indique aussi les conseils, la marche à suivre, les éléments à maîtriser et à connaître avant de se lancer, y compris le fait de ne pas attendre d’être parfait avant d’y aller. Merci Thierry pour cet échange et à très bientôt pour un nouveau podcast d’Agrifind.

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