Bonjour et Bienvenu sur le blog d’Agrifind, aujourd’hui j’interviewe Denis Flores installé dans le Gard en agroforesterie, avec son épouse. Ils travaillent en agriculture biologique.

Gilles Cavalli : Denis, est-ce que vous pouvez nous présenter votre exploitation ? Les grandes lignes de la structure et de ce que vous produisez ?

Denis Flores : J’ai 11 hectares de parcelles agroforestières qui sont anciennement des parcelles de l’INRA qui ont été gérées par l’INRA depuis 1996. Il y a plusieurs essences : 4 hectares de peupliers, 2 hectares de noyers et 4 hectares d’un arboretum. Sous ces peupliers, on cultive des grandes cultures céréales et oléagineux, sous les noyers le maraîchage et sous l’arboretum on ne fait que du fourrage puisque c’est une densité qui est beaucoup plus élevée encore, dans la mesure où ces parcelles étaient utilisées pour des tests à l’époque, c’est de là qu’on a tiré tous les résultats agroforesterie connues jusqu’à maintenant.

Gilles Cavalli : Merci, justement une des questions qui se pose au sujet de l’agroforesterie : est-ce qu’on peut vraiment tout faire pousser sous les arbres ? Est-ce qu’il y a des essences, des légumes qui ne s’y prêtent pas du tout ? Quelle est la règle ? Ou s’il n’y a pas de règle pouvez-vous nous dire ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas ?

Denis Flores : C’est très aléatoire. Cela dépend du milieu et de ce que l’on veut faire pousser dessous. S’il s’agit de céréales, il y a des règles de base à appliquer, qui sont un peu « passe partout » on va dire. C’est 2 fois la hauteur de l’arbre adulte pour le placement entre les rangs. Si l’arbre est adulte à 20 mètres, on aura des lignes d’espacement de 40 mètres. Cette règle concerne tout ce qui est grande culture.

Gilles Cavalli : De façon à ce qui est suffisamment de lumière au sol pour que la plante puisse croître…

Denis Flores : C’est essentiellement pour éviter d’avoir des chutes de rendement de la culture intercalaire, jusqu’à la récolte des arbres. Donc c’est une règle de base.

Il faut savoir que le système diffère selon le contexte, ou selon ce qu’on fait.

Par exemple, pour un verger maraîcher, autrement dit des arbres qui produisent des fruits, les densités peuvent-être beaucoup plus serrées. Cela peut être du 6 par 6 dans le cadre des oliviers.

Personnellement, j’ai fait un verger où on a des lignes de 16 mètres d’écart entre les peupliers. On a planté des fruitiers, entre les lignes des souches de peupliers qu’on a dévitalisées de manière mécanique. Ainsi, j’ai des vergers qui poussent à cet endroit-là : entre les deux lignes de 16 mètres, on fait du maraîchage.

Sous les noyers, qui ont une densité très importante de 10 m² ce qui fait 20 mètres de haut en moyenne, les houppiers se touchent pratiquement partout donc là c’est très sombre au sol et forcément les légumes poussent moins bien. En dessous, j’arrive à faire pousser du blé d’hiver et des légumes, je fais pratiquement tous les légumes à part un ou deux : poireaux et fenouil qui ont du mal à pousser.

Gilles Cavalli : Par rapport au rendement sur des cultures qui serait produites dans la même région, sans agroforesterie, et également en agriculture biologique, il y-a-t-il une différence significative ou c’est dans la même fourchette…très proche ?

Denis Flores : Les rendements diffèrent en agroforesterie par rapport à un champ. Forcément, il y a le partage de la lumière.

La plupart des gens sont perplexes et pensent que l’arbre va pomper un maximum des minéraux par exemples. En fait non, l’arbre prend ce dont il a besoin. Ce n’est pas du tout les mêmes horizons qui sont exploités par l’arbre et par le légume. De cet aspect-là, c’est plus un complément puisque l’arbre amène un taux de matière organique qui est supérieur, il fertilise le sol. Il faut savoir que nous n’utilisons ni engrais, ni pesticides.

Par conséquent, le rendement est moindre sur le légume puisqu’ il y a un partage de la lumière donc les salades sont moins grosses, c’est évident !

Mais il ne faut pas oublier de voir que le rendement se calcule sur la surface totale. L’arbre, sur plus ou moins long terme, est un revenu que l’on va retirer de cette parcelle-là.

Donc, pour résumer toutes les études qui ont été menées jusqu’à maintenant montrent que le rendement est supérieur à deux agricultures séparées sur la forêt d’un côté et de l’agriculture de l’autre, en les mélangeant c’est-à-dire en faisant de l’agroforesterie le rendement devient supérieur.

agroforesterie-denis-flores-1

Gilles Cavalli : C’est aussi l’échelle de temps qui va varier puisqu’il va falloir attendre que les peupliers soient matures pour les couper. Par ailleurs, si l’on tient compte la récolte des noix dans le rendement global…

Denis Flores : Si ce sont des noyers à noix oui ! Moi dans mon cas, ce sont des noyers hybrides, ils produisent des noix, mais elles ne sont pas mangeables.

Donc là, la récolte du fruit ne rentre pas en ligne de compte. Par contre, j’ai un noyer à noix sous lequel je fais du foin et là on peut combiner les deux, c’est évident.

Gilles Cavalli : Merci pour toutes ces précisions. Pour vous, la réussite pour un agriculteur, ça se situe où ?

Denis Flores : La réussite c’est de pouvoir à nourrir les gens avec des produits obtenus le plus sainement possible et des produits qui soient le plus goûteux possibles. En un mot, arriver à nourrir les gens de manière correcte tout en tirant un revenu correct aussi. Ça ce n’est pas une mince affaire puisqu’on dépend d’un facteur très important qui est le climat surtout avec ce que donne le climat actuellement. C’est pour ça que l’agroforesterie c’est peut-être un début de réponse au réchauffement climatique.

Gilles Cavalli : Et pour un agriculteur qui souhaiterait débuter avec quelques parcelles en agroforesterie, quel serait le premier conseil à lui donner ?

Denis Flores : Le premier conseil serait de voir ce qui se fait ailleurs et de bien étudier son milieu, son contexte, les vents dominants, les zones qui peuvent être soumises au vent et donc qui s’érodent pour mettre sur des barrières de haies pour bien orienter les lignes d’arbres en fonction de ce qu’il veut faire pousser. Il faut vraiment faire un plan en incluant tous ces paramètres. Il ne faut pas planter des arbres en se disant : « Je vais planter des arbres au milieu et puis voilà ». Il ne faut pas se louper parce que l’arbre une fois qu’il est planté, il est là pour un petit moment.

Gilles Cavalli : Donc sur le volet étude – anticipation et projection : l’arbre qu’on plante qui mesure quelques mètres aujourd’hui dans quelques années il en fera 25 et ça ça joue.

Denis Flores : Exactement.

Gilles Cavalli : J’aime bien conclure les interviews par une question toute bête. Votre rêve d’agriculteur quel est-il ?

Denis Flores : Mon rêve ce serait de pouvoir avoir un milieu qui soit auto-fertile, auto-suffisant en semence, auto-productif (rire).

Que l’agriculteur n’est pratiquement plus rien à faire. Enfin, pas plus rien à faire puisqu’il y aurait beaucoup de travail encore, ne serait-ce que la cueillette. Je veux dire faire en sorte que le milieu soit le plus équilibré possible, le plus proche d’un système naturel.

Gilles Cavalli : C’est un rêve très ambitieux.

Voilà un échange avec Denis Flores qui est installé dans le Gard en agroforesterie et également en agriculture biologique. Pour aller plus loin on peut consulter votre site internet : www.roumassouze.fr.

Merci Denis pour cet échange c’était Gilles Cavalli sur un podcast d’Agrifind, à bientôt chers auditeurs pour une nouvelle interview.

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