Le procédé CRISPSR est une révolution en biologie qui touche le support moléculaire du vivant : l’ADN.

En génétique, les Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats (« Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées »), plus fréquemment désignées sous le nom de CRISPR sont des familles de séquences répétées dans l’ADN.

CRISPSR : un « ciseau à découper l’ADN »

Ce procédé, élaboré naturellement par certaines bactéries, est simple : une enzyme est capable de modifier rapidement le génome de la cellule qui l’héberge. C’est une véritable « opération chirurgicale » à l’échelle moléculaire , une sorte de « ciseaux à découper l’ADN », qui permet de générer une cellule nouvelle, soit la débarrasser d’un défaut génique, soit l’enrichir d’un gène qui devrait être profitable. Dis de manière imagée : on coupe l’ADN ou on veut pour enlever un morceau qui ne nous convient pas (défaillant) pour le remplacer par un autre ou on ajouter un morceau permettant à l’organisme ainsi modifié d’exprimer une nouvelle caractéristique, celle-là voulue par l’homme.

OGM vs CRISPR

Pour mesurer la puissance de cette technique comparons là avec un OGM « classique ».

Pour ce dernier, on introduit de force des séquences génétiques dans un bouillon de cellules à traiter, on les cultive, et on repère celle qui expriment le gène apporté, et on tente d’en faire un organisme capable de meilleures performances que l’original. Le hasard est fortement solliciter pour que l’opération désirée aboutisse.

Le résultat n’est pas toujours au rendez-vous, par exemple des gènes résistances aux glyphosates introduit dans du maïs ou du sorgho se sont propagés dans la nature ayant pour conséquence de rendre les adventices également résistante à l’insecticide…

Côté CRIPSRS, le procédé permet de situer immédiatement le segment d’ADN à atteindre, et d’y effectuer les manipulations voulues : excision de gène ou au contraire ajout de séquence de nucléotides.

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A partir du moment où l’on dispose de ces enzymes, cette technique est tellement simple qu’elle est à la porté de nombreuses entreprises ou universités et pas réservée aux multinationales avec des moyens gigantesques. Aujourd’hui, plus de 3000 laboratoires dans le monde utilisent cette technologie.

Pour bien mesurer la double différence entre les deux techniques, prenons une image :C’est comme si on passait d’un ordinateur qui tient un étage entier, nécessite des moyens faramineux, coûte une petite fortune et permet des résultats, certes palpables, mais avec des dysfonctionnements majeurs et pas vraiment à la hauteur des attentes à un micro-ordinateur, très simple d’utilisation, très peu coûteux, avec des performances fantastiques en terme de fiabilité et de rendu.

De nouvelles variétés pour la production agricole

Dans le domaine végétal, la société Yield10 Bioscience a d’ors et déjà obtenu auprès de l’USDA l’autorisation de développer une caméline transformée ou « variant » produisant jusqu’à 30 % de graines en plus. La caméline ou sésame d’Allemagne est une brassicacée, peu exigeante, robuste face aux bioagresseurs, qui génère de bons rendements en graines riches en oméga3 et en tocophérols (vitamine E) antioxydants. Ces graines sont utilisées dans l’industrie alimentaire, la cosmétique ou encore les agro-carburants. Les résultats sont attendues pour l’an prochain.

Un élément majeur de cette opération, c’est que l’USDA considère ce « variant » de caméline comme une « nouvelle variété » et non comme un « OGM » donc l’entreprise à l’origine de cette demande n’a pas de dossier d’innocuité, d’essais sur des mois voire des années, des réunions politiques ou citoyennes à tenir.

Cette posture de l’administration américaine donne un appel d’air important à la technique CRISPSR avec des projets avancés pour enregistrer de « nouvelles variétés » de soja permettant de produite une huile résistance à la chaleur, une autre insensible à la salinité du sol, un gazon ayant une croissance lente, un maïs appauvri en lignine mais enrichi en amylopectine…

Concernant les productions animales, une entreprise du Minnesota a créée des vaches laitières sans cornes.

CRISPSR : le forçage génétique soulève des questions éthiques

Un certain nombre de scientifiques et d’autres personnalités ont lancé un appel pour une éthique de la conservation sans le pilotage des gènes, considérant que cette technique détient le potentiel de transformer absolument le monde de la nature et les rapports des humains avec celui-ci.

Par ailleurs, au delà des questions que cette technique pose pour le monde végétal et l’agriculture en particulier de part son impact environnemental entre autre, le fait qu’elle soit réellement simple à mettre en œuvre pourrait déboucher sur des usages hasardeux voire malveillant avec des conséquences de fortes ampleurs.

Et vous, êtes vous prêt à semer une « nouvelle variété » issue de la technique CRISPRS ou non ? Et surtout pourquoi ?

 

Sources :

Angelina Viva, « OGM : Tourmentes et confusion », Effervesciences, Mars-avril 2018, n°117.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Clustered_Regularly_Interspaced_Short_Palindromic_Repeats

https://www.franceinter.fr/sciences/crispr-cas9-la-grande-menace

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