Le test à la bêche

Évaluation du sol sur le terrain

Cette vidéo a été réalisée par FiBL (Institut de recherche de l’agriculture biologique).

Merci à Andreas Fliessbach et Thomas Alföldi pour leurs accords que ce film soit présent sur le blog d’Agrifind.

Bonjour, je m’appelle Gerhard Hasinger et je pratique le test à la bêche depuis des dizaines d’années. Cette vidéo vous montre comment procéder, ce qu’il faut observer et comment évaluer les observations.

Le test à la bêche s’adresse à un public très large : vulgarisateur, agriculteur et même scientifique.

Le test à la bêche est un mini profil. Il a deux grands frères : le profil de sol qui peut atteindre jusqu’à 1 mètre 20 de profondeur et le profil cultural étalé sur une largeur de un mètre cinquante à deux mètres.

Le profil de sol permet surtout d’obtenir des informations sur la profondeur du sol tandis que le profil cultural est en principe une très bonne méthode pour étudier l’effet des machines utilisées pour travailler le sol.

Le test à la bêche a l’avantage d’être flexible et rapide à mettre en œuvre. Comme les parcelles présentent généralement une certaine hétérogénéité, le test à la bêche permet d’évaluer le sol en différents endroits.

A qui s’adresse le test à la bêche ? (1min20s)

Les agriculteurs sont les premiers concernés, ils peuvent utiliser le test à la bêche pour évaluer l’humidité du sol avant de le travailler et pour effectuer un suivi plus approfondi sur une longue période. Le test leur permet de déterminer les modes de travail du sol les mieux adaptés ou les améliorations à apporter et de savoir si celles-ci ont un effet positif ou non. Le test à la bêche est un moyen de connaître mon sol. En premier lieu, je veux voir si je peux le travailler ou pas. Pendant la croissance de la culture j’observe la pénétration des racines. Si je constate par exemple que l’expansion des racines cesse brusquement d’être homogène c’est que j’ai un problème de semelle de labour. On devrait utiliser ces tests encore plus souvent en pratique, je trouve en effet qu’on ne s’intéresse pas assez au sol.

Les vulgarisateurs sont d’autres utilisateurs potentiels du test à la bêche. Ce test se justifie également en recherche car il complète les analyses en laboratoire.

Dans quel but et où utiliser le test à la bêche? (2min43s)

Je dois d’abord déterminer l’objectif du test. Certains objectifs sont simples, par exemple la détermination de la fertilité du sol y compris dans les couches les plus profondes, cela me permet de savoir si je peux utiliser un véhicule et travailler le sol. Autre application simple : déterminer comment la matière organique est incorporée dans le sol avec ma charrue, mes machines ou mes méthodes de travail du sol. Souvent je m’intéresse aux endroits où les plantes se développent difficilement dans la parcelle, j’observe l’état de la culture et j’effectue un test soit à un endroit où la croissance est bonne soit à un endroit où elle est mauvaise. Généralement je fais un test aux deux endroits pour pouvoir comparer les structures du sol.

Voici comment effectuer un test à la bêche (3min40s)

On utilise de préférence une bêche de drainage avec une lame de 45 centimètres, cette longueur est nécessaire pour pouvoir identifier et observer les strates dans le sol et bien les mettre en évidence. Je procède de la manière suivante : en enfonçant la bêche je délimite un rectangle de même dimension que celle de la bêche, je prélève un volume de sol d’un côté du rectangle et je creuse obliquement de l’autre côté pour me faciliter le travail. Quand j’ai atteint une profondeur de 45 centimètres, je retire une tranche de 10 centimètres d’épaisseur avec la bêche. Je la sépare du reste du volume de sol en poussant légèrement la bêche vers l’avant avec l’épaule et je protège le profil avec la main jusqu’à ce que la tranche soit retirée du sol. Dans les sols lourds, il peut être difficile de séparer la tranche de sol du reste du volume de sol. Dans ce cas, je suggère d’effectuer des découpes au couteau pour la retirer plus facilement.

Comment préparer l’échantillon prélevé (4min50s)

Lorsque l’échantillon a été retiré avec la bêche, il faut observer attentivement les points suivants. Pour pouvoir observer dans de bonnes conditions il faut placer horizontalement la bêche avec l’échantillon sur deux supports.

Tout d’abord, on enlève les parties lisses devant, derrière et sur les côtés, dues au frottement de la bêche quand on l’enfonce dans le sol. Avec un couteau de poche on enlève délicatement ces parties lisses afin de rendre bien visible les zones de séparation naturelle dans le volume de sol.

Evaluer la stratification (5min29s)

A présent nous pouvons observer une certaine stratification de l’échantillon. Elle peut être d’origine naturelle ou résulter du travail du sol : horizon superficiel, horizon profond, semelle de labour, etc…

Ensuite commence les observations et pour les noter il est recommandé d’utiliser une fiche d’observation. Cette fiche permet de structurer les observations complexes.

Détermination de la couleur et de l’odeur (5min58s)

Quand les couches sont définies et dessinées sur la fiche d’observation nous pouvons nous intéresser à la couleur et à l’odeur.

Différentes couleurs apparaissent : ton gris et sombre dans l’horizon superficiel dû à la présence d’humus, plus bas ton ocre de la goethite produite par le fer contenu dans la matrice minérale. Dans l’horizon superficiel ces couleurs sont masquées par la présence d’humus. D’autres couleurs peuvent apparaître par exemple des couleurs bleues et vertes qui résultent de processus de réduction dans les sols insuffisamment oxygénés. Notre odorat nous permet de distinguer la bonne odeur de terre souvent dans la couche superficielle alors que, plus bas dans les horizons profonds, certains sols ont une odeur putride, nauséabonde due à une aération insuffisante.

Estimation de la texture au toucher (6min53s)

L’estimation au toucher pour évaluer la texture d’un sol est un aspect important du texte à la bêche. Sans estimation du contenu en argile et en sable, il est difficile d’analyser les structures et de les évaluer correctement. Tout d’abord, on estime la proportion de sable, ensuite celle de l’argile et la proportion de limon se situe approximativement entre les deux. On prélève un peu de sol humide dans l’échantillon et on l’effrite entre les doigts. Le toucher rugueux est dû au grain de sable qui mesure de 2 millimètres à 50 microns. C’est surtout le sable grossier que l’on perçoit de cette manière. Plus le sol contient d’argile plus les boudins formés entre les doigts sont fins. Lorsque la proportion d’argile dépasse 30% ces boudins peuvent être amincis jusqu’à un millimètre.

Toutes ces observations : couleur, odeur, texture, structure pénétration des racines sont systématiquement consignées sur la fiche d’observation, ce qui permet de faire une synthèse par la suite.

Évaluation de la structure (8min11s)

L’étape suivante concerne la structure du sol. Tout d’abord, on détermine le type d’agrégat. On en distingue cinq : grumeau, polyèdre, semi-polyèdre, prisme, amas friable et fragment. Décrivons-les brièvement.

  • · Les grumeaux constituent la structure idéale, elle est meuble et en constitue une bonne pénétration des racines et un bilan optimal en air et en eau et se traduit par une forte activité biologique. Tout jardinier rêve de disposer d’un sol grumeleux.
  • · Dans les sols argileux il ne se forme pas de structures grumeleuses, l’argile gonfle et se rétracte ce qui entraîne automatiquement la formation de polyèdres, ce sont des structures aux arêtes vives, plus petites ou plus grandes selon le type. Lorsque la vie du sol est très intense les polyèdres sont enrobés d’humus (semi-polyèdre).
  • · Une autre structure se forme en outre naturellement en profondeur dans les sols argileux : les prismes.
  • · Les structures friables sont soit des polyèdres étirés plusieurs fois par la herse soit des grumeaux compactés par les roues et le socle de la charrue.
  • · Dans certains cas le sol est fortement compacté puis décompacté par les machines, on parle alors de fragments.

L’analyse des agrégats permet de tirer des conclusions sur la qualité du bilan hydrique ce qui est un critère important pour la fertilité du sol.

Détermination de la teneur en calcium (9min50s)

La présence d’ions calcium et magnésium joue un rôle important dans la stabilité structural. Ils assurent la liaison entre les particules d’argile et d’humus. Une solution d’acide chlorhydrique à 10% permet de détecter la présence de particules de calcaire dans la faction fine. Si ça mousse il y a du calcaire, si ça ne mousse pas il n’y en a pas.

Estimation de la pénétration des racines (10min17s)

Le test à la bêche permet de bien observer les racines. On dégage les racines du sol et on peut alors constater l’importance de la masse des racines, les déformations ou les maladies. Les racines sont un indicateur de la structure du sol.

Test de la chute (10min36s)

D’autres observations peuvent être réalisées en laissant tomber l’échantillon prélevé avec la bêche de la hauteur de la hanche du manipulateur sur une surface dure et en observant la façon dont la masse de sol se fragmente. Un sol meuble produit de nombreux petits agrégats en s’écrasant, un sol compact reste sous forme de blocs.

Evaluation des observations (11min03s)

Les observations ont été réalisées et consignées, à présent commence l’étape délicate de leur évaluation. Il faut garder deux éléments à l’esprit.

Premièrement, tenir compte des circonstances. Un test à la bêche ne s’interprète pas de la même manière s’il est réalisé en début de culture, au stade de feuille ou après la première récolte d’une céréale. Autre condition spécifique, le degré d’humidité du sol. Si un test à la bêche réalisé après une période sèche de trois semaines les résultats seront différents de ceux d’un test réalisé après de fortes pluies.

Deuxièmement, le niveau d’expérience du vulgarisateur ou de la personne effectuant le teste doit être pris en compte la comparaison entre différents sites d’échantillonnage facilite l’interprétation. Certains paramètres restent constants et les différences apparaissent plus clairement. Il est souhaitable de réaliser les tests en petits groupes car chacun a sa propre façon d’observer et la synthèse de toutes ces observations renforce la qualité de l’interprétation.

J’espère que cette vidéo vous a motivé à effectuer des tests à la bêche et vous a convaincu de leur utilité pour en savoir plus vous pouvez consulter les publications mais surtout je vous conseille de vous exercer en effet c’est en forgeant qu’on devient forgeron.

Pour développer vos compétences: Accédez ici à la plateforme Agrifind

Si vous avez une pratique du test à la bêche, vous pouvez la partager en laissant des commentaires ci-dessous.

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Comments

  1. Bonjour,

    M. Gerhard Hasinger est vraiment l’expert de ce test bêche pour la Suisse, qu’il pratique et vulgarise depuis les années 1980/1990. C’est aussi un bon pédagogue.
    Pour ma part, c’est Ulrich HAMPL (SÖL) qui m’a incité à adopter cette méthode dès 1995 suite à des commentaires de terrain sur des essais engrais verts après blé près de Freiburg-im-Breisgau.

    En complément, des ressources que nous avons mis en ligne :

    « Le Test Bêche » version allemande Görbing/DIEZ et ses variantes françaises ou anglo-saxonnes (VSA).

    Ma compilation sur le Test Bêche ( Spaten-probe, en allemand)
    http://www.scoop.it/t/spaten

    L’observation directe du sol par le Test Bêche ( site de la Chambre d’Agriculture d’Alsace )
    http://www.alsace.chambagri.fr/envinnov/sols.html

    Les notations en huits critères du Test Bêche Görbing : on note sur 5 niveaux
    1 = Excellent
    2 = Bon
    3= Moyen
    4= Assez mauvais
    5= Médiocre…
    Comme à l’école en Allemagne…
    La grille de notation:
    http://www.alsace.chambagri.fr/fileadmin/documents_alsace/INTERNET/enviro_innov/sols/schema_notation_diez_BLE_2003_R2a.pdf

    A vos bêches !
    Bonnes observations dans les champs….

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